Le test libanais

Démographie et politique Ajouter un commentaire

La France et l’Europe au pied du mur

Depuis le 11 septembre 2001, la France s’oppose à la conception américaine (et israélienne) de la “lutte contre le terrorisme”. La France, comme on sait, refuse obstinément le concept emprunté à Huntington, de Choc des civilisations”, qu’il s’agisse de l’Occident contre l’Orient, du Judéo-Christianisme contre l’Islam, ou de la Démocratie contre le Totalitarisme. Pour la France, cette conception manichéenne conduit au déclenchement inconsidéré de guerres aventureuses, en Afghanistan et en Irak hier, peut-être contre l’Iran et la Syrie demain, contre-productives à l’égard du terrorisme.

Dans sa dernière lettre, Michel Volle explicite cette approche, sous le titre “La stupidité des va-t-en-guerre” :


La lutte contre le terrorisme, quand terroristes il y a, n’est pas d’abord l’affaire de l’armée mais celle de la police. Ses méthodes les plus efficaces relèvent en effet des techniques policières que Fouché et Roger Wybot ont utilisées: infiltration, retournement, manipulation, opérations ciblées pour semer la discorde chez l’ennemi.

Ces méthodes sont énergiques et moralement pénibles – on ne fait pas de mamours à l’ennemi, on recourt abondamment au mensonge – mais beaucoup moins meurtrières et surtout plus discrètes que l’emploi d’armes puissantes qui, conçues simplement pour tuer, provoquent de ces « pertes collatérales » qui seront pour l’ennemi le meilleur des recruteurs. (…)

La destruction des infrastructures du Liban est, comme l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914, de ces événements qui déclenchent une avalanche. Les va-t-en-guerre vont finir par allumer la troisième guerre mondiale, si ce n’est déjà fait. (…)

La force ne pourrait d’ailleurs être ici efficace qu’en appoint d’une stratégie qui doit être d’abord non pas militaire mais policière et diplomatique, et habile en outre à désamorcer les manœuvres des va-t-en-guerre – dont les plus virulents sont, comme toujours, des gens qui, comme George W. Bush, Ehoud Olmert et Amir Peretz, n’ont acquis aucune expérience personnelle de l’art de la guerre.

Les opposants à cette conception la qualifie volontiers de “munichoise”. Ne jamais dire “non”, toujours “privilégier la diplomatie”, conduit pour eux, de concession en concession, à la catastrophe que prévoyait Churchill écrivant à Chamberlain, précisément après la conférence de Munich (octobre 1938) : « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. »

Tout se passe aujourd’hui comme si George W. Bush, Condolezza Rice et Ehud Olmert avaient donc décidé de dire Chiche! à Jacques Chirac, Javier Solena et Kofi Annan : ”Faites voir si votre méthode réussit mieux que la nôtre et comment vous allez débarrasser le Liban du Hezbollah”.

L’approche “diplomatique” n’a en effet de sens que s’il s’agit de gagner du temps, pour se préparer à affronter l’adversaire sur un autre terrain. Le tort de Daladier n’est pas d’avoir traité avec Hitler à Munich, c’est d’avoir perdu ensuite la “drôle de guerre”. En Israël, le Café du Commerce ne reproche pas au gouvernement d’avoir fait la guerre, il lui reproche de n’avoir jamais réussi à arrêter les démonstrations par le Hezbollah de la portée et de la précision des fusées iraniennes. Il paraît qu’il fallait feindre de négocier, par exemple un échange de prisonniers, et préparer une attaque par commandos des bases de lancement de fusées et katiouchkas, sans s’en prendre aux infrastructures libanaises. Apparemment le tort d’Olmert et de Peretz n’était pas d’être inexpérimentés, c’était d’avoir mal choisi leur chef d’Etat-Major, si tant est qu’ils l’aient choisi.

On aimerait être sûr que le “dialogue” à la française est un moyen habile de préparer une riposte efficace au terrorisme islamique. Il s’agit de se faire comprendre et respecter. La France et l’Union Européenne ont les moyens de dire au président Ahmadinejad :

“Dans l’intérêt du peuple iranien, nous souhaitons que vous favorisiez, comme votre illustre prédécesseur perse, Cyrus le Grand, le rétablissement du peuple juif à Jérusalem et, comme Mehemet Ali dans l’Egypte de l’après Bonaparte, que vous fassiez travailler d’abondantes communautés chrétiennes et juive à la prospérité de vos états. Nous ne saurions vous permettre d’imiter Adolf Hitler qui, en persécutant Albert Einstein et d’autres illustres physiciens, a privé l’Allemagne de la bombe atomique et l’a offerte aux Etats-Unis d’Amérique.”

Quant à la Syrie, il faut oser lui dire :

“Depuis François Ier, la France a toujours défendu la pluralité religieuse du Proche-Orient. Elle tient aujourd’hui, avec ses alliés italiens et allemands, à la coexistence d’Etats musulmans - dont la Syrie et la Palestine, aux frontières ouvertes, protégeant leurs minorités chrétiennes et juive - avec l’Etat libanais où Chrétiens et Musulmans se partagent contractuellement le pouvoir, et avec l’Etat juif, Israël, coopérant pacifiquement avec ses voisins.”

Dans ces conditions, personne ne saurait entériner la transformation du Sud-Liban en “fief du Hezbollah” chiite. Sunnites, Chrétiens et Druzes doivent y avoir, comme dans le reste du Liban, toutes les libertés civiles et religieuses. La FINUL, mi-armée, mi-police, devra donc garantir, en plus du retour des personnes déplacées, le libre exercice de tous les cultes, musulmans et chrétiens de toutes dénominations, dans la zone placée sous sa surveillance.

Le test libanais consiste à faire vivre et coexister, dans un premier temps, minarets et clochers. On pourra ultérieurement penser aux synagogues.

S’il y a aujourd’hui au Liban un “va-t-en guerre” qui risque de déclencher la 3ème guerre mondiale, c’est Hassan Nasrallah. Et la stupidité est le fait de ceux qui trouvent habile que l’Iran réclame à la fois la bombe atomique et la destruction d’Israël.

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