L’Etat commence à l’état civil
L’affaire du contrôle ADN des immigrés sans papiers attire l’attention sur l’inexistence de l’état civil dans de nombreux pays pauvres.
Alors que la pratique des recensements de population remonte à l’Antiquité et aux exigences militaires et fiscales des Empires, celle des registres de baptêmes – et de mariages – a été répandue par le christianisme. Le «décollage » économique des temps modernes s’amorça ainsi à la Renaissance, quand l’Eglise catholique organisa le relevé local de l’état civil dans les registres paroissiaux, généralisé en France par l’Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539). La vérification de l’identité est une condition nécessaire du développement des marchés de marchandises, aussi bien que du crédit.
Dans la foulée de la Déclaration des Droits de l’Homme, la République française naissante inventa la laïcité, en confiant les registres paroissiaux aux municipalités, le 20 septembre 1792. Or la démocratie, qui nécessite l’établissement de listes électorales, est intimement liée à la démographie. Ainsi, le nombre de Représentants qu’élit chaque Etat des Etats-Unis est, depuis 1790, proportionnel à la population de l’Etat, constatée par le recensement décennal.
Les pays riches disposent aujourd’hui, non seulement de systèmes éducatifs élaborés et d’une protection sociale efficace, mais aussi de systèmes d’identification éprouvés et entrés dans les moeurs. Du coup se crée une distinction (une discrimination ?) entre les « étrangers », porteurs de passeports respectables, et les «immigrés», dont certains « sans papiers », qui viennent de pays pauvres ou rongés par des guerres civiles.
Or la France a plusieurs longueurs d’avance, sur les plans technique et juridique, pour les fichiers personnels de masse, gérés par l’Etat, les banques, compagnies d’assurance et réseaux de télécommunications. Il lui reste maintenant à se doter d’une bonne statistique des migrations internes, c’est-à-dire des déménagements. Les répertoires de la Sécurité sociale doivent être organisés en ce sens, en organisant, pour commencer, un recensement des assurés sociaux, c’est-à-dire des cartes Vitale.
A partir de là, la France serait en situation de promouvoir un programme mondial destiné à
- aider les pays pauvres à organiser recensements, état civil et statistiques de santé
- coordonner un état civil mondial,
- mettre en place un système de contrôle et de coordination des migrations internationales.
Ce serait l’honneur de la France que de jouer un rôle moteur en ce domaine, plutôt qu’en celui des tests ADN.
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