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	<title>Michel Louis Lévy</title>
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	<pubDate>Thu, 09 May 2013 19:18:08 +0000</pubDate>
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		<title>Dates de Pourim, Pessa&#8217;h, Pâques 5773/2013</title>
		<link>http://www.hemmelel.fr/blog/2013/02/17/dates-de-pourim-pessah-paques-57732013/</link>
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		<pubDate>Sun, 17 Feb 2013 13:53:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Concordances]]></category>

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		<description><![CDATA[La Pleine Lune de février, dernière de l&#8217;hiver, tombe cette année le lundi 25 février à 20:28 UT (site de l&#8217;IMCCE). 
La fête juive de Pourim, à la Pleine Lune d&#8217;Adar, tombe le dimanche 24.
L’équinoxe de Printemps tombe le 20 mars à 11:01 UT.
La Pleine Lune de mars, première du printemps, tombe le mercredi 27 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La Pleine Lune de février, dernière de l&#8217;hiver, tombe cette année le lundi 25 février à 20:28 UT (site de l&#8217;IMCCE). </p>
<p><span id="more-729"></span>La fête juive de Pourim, à la Pleine Lune d&#8217;Adar, tombe le dimanche 24.</p>
<p>L’équinoxe de Printemps tombe le 20 mars à 11:01 UT.</p>
<p>La Pleine Lune de mars, première du printemps, tombe le mercredi 27 mars, à 9:29 UT.<br />
La fête juive de Pessa&#8217;h, à la Pleine Lune de Nisan, commence le lundi soir 25 mars (Seder) </p>
<p>La vieille règle du Concile de Nicée énonce que Pâques tombe le dimanche qui suit la première Pleine Lune de printemps. Pâques tombe donc le dimanche 31 Mars, au sixième jour de Pessa&#8217;h.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>25. Le massacre des Innocents</title>
		<link>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/12/21/25-le-massacre-des-innocents/</link>
		<comments>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/12/21/25-le-massacre-des-innocents/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 21 Dec 2012 09:57:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[La Révélation]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous sommes tous nés un jour quelque part.
Être ou ne pas être
Nous ne choisissons ni notre sexe, ni nos parents, ni nos lieu et date de naissance. Nos parents choisissent notre prénom, mais ils ne choisissent pas notre nom de famille. Chacun de nous a vogué comme embryon puis foetus dans sa &#8220;Tebah&#8220;, TBH, arche [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous sommes tous nés un jour quelque part.</p>
<p><span id="more-728"></span><strong>Être ou ne pas être</strong></p>
<p>Nous ne choisissons ni notre sexe, ni nos parents, ni nos lieu et date de naissance. Nos parents choisissent notre prénom, mais ils ne choisissent pas notre nom de famille. Chacun de nous a vogué comme embryon puis foetus dans sa &#8220;<em>Tebah</em>&#8220;, TBH, arche et corbeille, puis a été &#8220;sauvé des eaux&#8221; quand la sage-femme nous a présenté à notre mère. Une fois adulte, chaque fils se demande : &#8220;Pourquoi suis-je moi, et pas un autre ?&#8221;. En racontant la noyade des petits garçons hébreux, au premier chapitre de l&#8217;Exode, Moïse répond : &#8220;Parce que le Hasard, béni soit-Il, a d&#8217;abord choisi mon sexe, puis a éliminé tous les autres petits garçons que mes parents auraient pu avoir&#8221;. &#8220;Être&#8221; unique, c&#8217;est &#8220;ne pas être&#8221; tous les autres. </p>
<p>La métaphore de Moïse va loin. Si loin que l&#8217;Évangile de Matthieu la reprend, et &#8220;accomplit&#8221; le récit de l&#8217;Exode, en couplant la naissance de Jésus avec le &#8220;massacre des Innocents&#8221;, par lequel le roi Hérode, en place de Pharaon, élimine, non plus les seuls bébés mâles, mais les petits enfants des deux sexes, &#8220;de moins de deux ans&#8221;. Moïse était &#8220;sauvé des eaux&#8221;. Cette fois, c&#8217;est Jésus qui échappe au massacre. </p>
<p>Les deux Joseph, le fils de Jacob et le fiancé de Marie, ont d&#8217;autres points communs que leur nom. Le Joseph de la Genèse est un spécialiste des songes, en Canaan d&#8217;abord, puis en Egypte. Or c&#8217;est dûment averti en songe des intentions de Hérode que le Joseph de l&#8217;Évangile fuit de Judée en Egypte avec sa famille ; puis c&#8217;est averti en songe de la mort d&#8217;Hérode qu&#8217;il revient d&#8217;Egypte (<em>Matthieu</em> 2, 13 et 20). </p>
<p>Ces allusions au Joseph de la Genèse sont claires, mais il en est d&#8217;autres, plus subtiles. Revenons au verset 16 : &#8220;<em>Alors Hérode ( &#8230;) envoya tuer tous les enfants <strong>de deux ans et au-dessous</strong> qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages</em>.&#8221; Or cette durée de deux ans (SNTYM, <em>Chenatayim</em>) est celle pendant laquelle le maître échanson, rétabli dans sa charge le &#8220;jour de la naissance&#8221; de Pharaon, &#8220;oublie&#8221; la prédiction que Joseph lui a faite dans la prison, avant que les rêves de Pharaon la lui rappellent (<em>Genèse, </em> 41,1. Voir A 52 <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2012/12/12/deux-ans-de-reflexion/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Deux ans de réflexion</a>).  </p>
<p>Chaque enfant oublie quel jour il est né, et aussi les deux années qui le rattachent à sa mère, celle de la grossesse, et celle de l&#8217;allaitement.</p>
<p>Chaque nuit est à la charnière de l’année qui s’achève et de celle qui commence. La vie d’un homme, comme le règne d’un roi, commence une année donnée, s’achève une année donnée : deux ans. </p>
<p><strong>Pleurer les absents</strong></p>
<p>Les versets 17 et 18 de Matthieu 2 se réfèrent aussi à un verset du prophète Jérémie où il est question de Rachel, mère de Joseph. &#8220;<em>Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète : On a entendu des cris à Ramah, des pleurs et de grandes lamentations : Rachel pleure ses enfants, et n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont plus.</em>&#8220;.  </p>
<p>Le prophète Jérémie, contemporain de la prise de Jérusalem par les Assyriens, est témoin de l&#8217;exil forcé des Enfants d&#8217;Israël. La question est de savoir si le peuple peut subsister ailleurs que sur sa terre. La réponse du Prophète est &#8220;Pourquoi pas ?&#8221; Resté à Jérusalem, il invente la Diaspora, et écrit en substance aux exilés : Ce n&#8217;est pas parce que vous êtes dispersés que vous n&#8217;êtes plus un peuple, dès lors que vous gardez la Torah, et que vous avez les yeux tournés vers Jérusalem. Vient le chapitre 31, qui décrit en termes lyriques le rassemblement des dispersés et des exilés, à la fin des temps. Mais au milieu de l&#8217;exultation, au verset 15, une note discordante : <em>On a entendu des cris à Ramah (BRMH, </em>BeRamah<em>), des pleurs et de grandes lamentations : Rachel pleure ses enfants, et n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont pas (AYNNW, </em>Eynénou). </p>
<p>Dans la tradition juive, on rappelle que le Tombeau de Rachel est à Bethléem, à la sortie de Jérusalem, et que Rachel en pleurs y voit passer les exilés partant pour Babylone. Mais si on fouille le verset de Jérémie, on s&#8217;aperçoit que le seul enfant que Rachel est susceptible de pleurer, c&#8217;est Ben-Oni, selon le nom qu&#8217;elle aurait donné à Benjamin si elle avait vécu. Et ce qui renforce cette interprétation, c&#8217;est l&#8217;usage du mot AYNNW, <em>Eynénou</em>. &#8220;Ils ne sont pas&#8221; ? ou &#8220;Ils ne sont plus&#8221; ? </p>
<p>Dans la Genèse, plusieurs occurrences de AYNNW, <em>Eynénou</em>, visent les allers-retours des frères de Joseph entre Canaan et l&#8217;Egypte. A chaque fois, il en manque un : Benjamin, retenu par Jacob, Siméon, otage de Joseph &#8230; A chaque fois, AYNNW, <em>Eynénou</em>, &#8220;il n&#8217;est pas là&#8221;. AYN, <em>Eyn</em> c’est le « Non-Être » absolu, « Il n’y a pas ». Mais AYNNW, <em>Eynènou</em>, « Il n’y a pas « pour nous » est relatif. (Voir A 53 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2011/12/19/realite-et-apparence/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Réalité et apparence</a>, <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2011/12/20/etre-ou-ne-pas-etre/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Être ou ne pas être</a>). </p>
<p>Enfin Rachel pleure à Ramah, et non à Bethléem. <em>Ramah</em>, RMH, la Haute, est  la résidence du prophète Samuel, d&#8217;où il part pour aller sacrer (&#8221;oindre&#8221; plutôt les deux premiers Rois d&#8217;Israël, Saül et David, ce dernier né à Bethléem. Rachel, elle, est fille de Laban l&#8217;Araméen, et donc Araméenne de naissance. Dans le texte de Jérémie, Rachel, de là-haut, ne pleure pas tant des morts que des absents, les exilés qui ne rentrent pas d&#8217;exil, par exemple parce qu&#8217;ils se sont &#8220;assimilés&#8221; à la civilisation environnante. Et dans le texte de Matthieu, elle ne pleure pas des Innocents massacrés, elle pleure tous les enfants qui n&#8217;ont pas vêcu, comme son petit Ben-Oni.  </p>
<p>Bref, Pharaon a fait noyer les petits garçons hébreux de la génération de Moïse, sauf Moïse.<br />
Hérode a fait massacrer les petits enfants nés à Bethléem l&#8217;an Zéro avant Jésus-Christ et l&#8217;an Zéro après Jésus-Christ. Sauf Jésus-Christ.</p>
<p>Le &#8220;massacre des Innocents&#8221; a le même statut &#8220;édifiant&#8221; que la noyade des petits garçons hébreux. C&#8217;est un récit obtenu par midrash, donc un massacre virtuel. C&#8217;est important à préciser, parce que la réputation d&#8217;assassin de ses propres enfants dont Flavius Josèphe a gratifié Hérode le Grand a donné à cet épisode des Évangiles une allure &#8220;historique&#8221;.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p><a href="http://www.hemmelel.fr/blog/category/la-revelation/">Liste des chapitres précédents</a><br />
1. Le parti monothéiste<br />
2. L’ordre alphabétique<br />
3. Que la lumière soit !<br />
4. La nomination des jours<br />
5. L’Arche de Moïse<br />
6. La Tour du babil<br />
7. Des noms chargés de sens<br />
8. Son Altesse le père (Abraham)<br />
9. On rira (Isaac)<br />
10. Le double et la moitié<br />
11. Maîtresse femme (Sarah)<br />
12. Par malice ou par ruse (Jacob)<br />
13. Le quatrième fils (Juda)<br />
14. Il y a une récompense (Issacar)<br />
15. Le nom de famille (Rachel)<br />
16. La bavure (Dina)<br />
17. Le Nom imprononçable (YHWH)<br />
18. Les cornes de Moïse (Cyrène)<br />
19. Le Salut et le Sauveur (Josué)<br />
20. Passage en revue (Paqad)<br />
21. Bâtisseurs du temps (Guilgal)<br />
22. La grâce, l&#8217;onction et la bénédiction (&#8217;Hannah)<br />
23. Du midrash au Magnificat (Annonciations)<br />
24. L&#8217;invention de l&#8217;état civil (Jean-Baptiste, fils de Zacharie)<br />
25. Le massacre des Innocents (Joseph)</p>
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		<title>Calendrier et petite encyclopédie des 3 religions 2013</title>
		<link>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/12/03/livre-calendrier-des-3-religions-2011/</link>
		<comments>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/12/03/livre-calendrier-des-3-religions-2011/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 03 Dec 2012 11:26:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Parutions et citations]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;édition 2013 vient de paraître
Calendrier et petite encyclopédie des 3 religions 2013
Illustrations de Dominique Thibault
Textes de Yves Ouahnon
Travail dirigé par Elisabeth Renaud
 7,90 Euros.
Editions Ecrire 3 rue de Saint-Senoch 75017 Paris
Dans les bonnes librairies et chez La Procure, arrêtauxpages, Fnac, amazon&#8230;
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;
La Bible hébraïque présentée, traduite (8 versions) sur JUDÉOPÉDIA
et commentée sur le blog
 Démographie, Bible [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;édition 2013 vient de paraître</p>
<p><span id="more-666"></span><strong>Calendrier et petite encyclopédie des 3 religions 2013</strong></p>
<p>Illustrations de Dominique Thibault<br />
Textes de Yves Ouahnon<br />
Travail dirigé par Elisabeth Renaud
<p> 7,90 Euros.</p>
<p><a href="http://www.editionsecrire.com/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.editionsecrire.com');">Editions Ecrire</a> 3 rue de Saint-Senoch 75017 Paris</p>
<p>Dans les bonnes librairies et chez <a href="http://www.laprocure.com/calendrier-petite-encyclopedie-religions-2013-yves-ouahnon/9782912534262.html" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.laprocure.com');">La Procure</a>, <a href="http://www.arretauxpages.com/fiche_6168_Livre-calendrier-des-3-religions-2012" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.arretauxpages.com');">arrêtauxpages</a>, <a href="http://livre.fnac.com/a4643265/Yves-Ouahnon-Livre-calendrier-2013-des-trois-religions" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/livre.fnac.com');">Fnac</a>, <a href="http://www.amazon.fr/Livre-Calendrier-Trois-Religions-2013/dp/2912534267/ref=pd_sim_b_1" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.amazon.fr');">amazon</a>&#8230;</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p><em>La Bible hébraïque présentée, traduite (8 versions) sur <strong><a href="http://www.judeopedia.org/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">JUDÉOPÉDIA</a></strong><br />
et commentée <a href="http://www.judeopedia.org/blog/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">sur le blog</a></em><br />
<a href="http://www.cdweb.com/mll/articles.htm" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.cdweb.com');"> Démographie, Bible et société</a></p>
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		<title>24. L&#8217;invention de l&#8217;état civil</title>
		<link>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/10/08/24-linvention-de-letat-civil/</link>
		<comments>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/10/08/24-linvention-de-letat-civil/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 08 Oct 2012 07:36:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[La Révélation]]></category>

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		<description><![CDATA[Le nom de Jean inscrit sur des tablettes, la tête de Jean-Baptiste présentée sur un plat, il y a là une multitude d&#8217;allusions à Pharaon, à Joseph fils de Jacob, à Moïse&#8230;  
Les tablettes du souvenir
Une de ces &#8220;élaborations midrashiques&#8221; est celle qui veut que le père de Jean s&#8217;appelle Zacharie. Zakhor, ÇKWR, c&#8217;est &#8220;se [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le nom de Jean inscrit sur des tablettes, la tête de Jean-Baptiste présentée sur un plat, il y a là une multitude d&#8217;allusions à Pharaon, à Joseph fils de Jacob, à Moïse&#8230;  </p>
<p><span id="more-726"></span><strong>Les tablettes du souvenir</strong></p>
<p>Une de ces &#8220;élaborations midrashiques&#8221; est celle qui veut que le père de Jean s&#8217;appelle Zacharie. <em>Zakhor</em>, ÇKWR, c&#8217;est &#8220;se souvenir&#8221;, et <em>Zakhar</em>, ÇKR, c&#8217;est &#8220;mâle&#8221; (cf 21. &#8220;Bâtisseurs du Temps&#8221;). Par le Quatrième Commandement, le Shabbat est associé au souvenir : &#8220;<em>Zakhor</em> &#8220;Souviens-toi&#8221; du jour du Shabbat&#8221; (Voir A 45 <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2007/08/28/le-quatrieme-commandement/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Le Quatrième Commandement</a>). Et par la circoncision au huitième jour, l&#8217;enfant mâle est inscrit dans le cycle hebdomadaire. La semaine qui va du 25 décembre (Noël) au 1er janvier (Circoncision) - et plus généralement le découpage du temps en semaines - sont les héritages directs de ce double sens de <em>Zakhor</em> dans notre calendrier solaire et chrétien. (Voir A 46 : <a href="http://www.hemmelel.fr/blog/2006/12/18/du-25-kislev-au-25-decembre/">Du 25 Kislev au 25 décembre</a>). Il n&#8217;est donc pas étonnant qu&#8217;un Zacharie soit mêlé au récit de l&#8217;Annonciation et de la Nativité, par Luc.</p>
<p>En comptant les jours, ceux de la semaine et des mois, ceux de la grossesse et de la circoncision, le Cohen Zacharie, époux d&#8217;Elisabeth, renvoie à Abraham, époux de Sarah. Comme ce dernier, il donne à l&#8217;enfant à naître le nom qui restera dans le souvenir des hommes. Luc 1, 13 &#8220;<em>Ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean</em>“ répète <em>Genèse</em> 17, 19 : &#8220;<em>Dieu dit: Certainement Sarah, ta femme, t’enfantera un fils; et tu l’appelleras du nom d’Isaac</em>&#8220;. &#8220;Répète&#8221; ? Pas tout à fait. &#8220;Donner un nom&#8221;, ce n&#8217;est pas la même chose qu&#8217;&#8221;appeler&#8221;.</p>
<p>Le verbe QRA, <em>Qara</em> est le plus souvent rendu par « appeler » au sens de « nommer » mais Chouraqui, lui, traduit QRA, <em>Qara</em> par « crier » (cf 3. Que la Lumière soit). Or cette fois-ci, Zacharie ne pourra ni appeler, ni crier : &#8220;<em>Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu ; j’ai été envoyé pour te parler, et pour t’annoncer cette bonne nouvelle. Et voici, tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, qui s’accompliront en leur temps </em>&#8221; (Luc 1, 19-20). Qu&#8217;à cela ne tienne : &#8221; <em>Le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l’enfant, et ils l’appelaient Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère prit la parole, et dit : Non, il sera <strong>appelé</strong> Jean. Ils lui dirent : Il n’y a dans ta parenté personne qui soit appelé de ce nom. Et ils firent des signes à son père pour savoir comment il voulait qu’on l’appelle. Zacharie demanda des tablettes, et <strong>il écrivit</strong> : Jean est son nom. Et tous furent dans l’étonnement</em> (Luc 1 : 59-63)</p>
<p>Le père enregistrant par écrit le nom de l’enfant et le sien permet à la société de « se souvenir » de qui est le père de qui. Les tablettes de Zacharie combinent en quelque sorte la circoncision - l&#8217;inscription dans l&#8217;Alliance - et la &#8220;ligature&#8221; d&#8217;Isaac, comparable à celle qui lie un sujet au souverain auquel il peut avoir à sacrifier sa vie. Zacharie évoque d’ailleurs lui-même l&#8217;Alliance d’Abraham aux versets de <em>Luc</em> 1, 68-73 : &#8220;<em>Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, Qui a visité et racheté son peuple, (&#8230; Qui) manifeste sa miséricorde envers nos pères, et &#8220;se souvient&#8221; de sa sainte alliance, selon le serment qu&#8217;il il avait fait à Abraham, notre père &#8230; </em>&#8221;</p>
<p><strong>Jean est son nom</strong></p>
<p>Le prénom de Jean n&#8217;est ici pas explicitement justifié. Il apparaît comme une évidence, au voisinage de la manifestation de la grâce divine. Il en est de même dans le célèbre Prologue de l&#8217;Évangile de &#8230; Jean.<br />
1.<em>Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.<br />
2. Il était au commencement en Dieu.<br />
3. Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe.<br />
4. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes,<br />
5. Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.<br />
6. Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; <strong>son nom était Jean</strong>.<br />
(&#8230;)</em></p>
<p>Les textes où apparaît le nom de Jean sont des traductions de textes en hébreu, des &#8220;midrashim&#8221;, dans lesquels <em>Yohanan</em>, YWENN, assonne avec des conjugaisons du verbe <em>&#8216;Hanan</em>, ENN, faire grâce. La suite du Prologue de Jean en donne des arguments frappants.<br />
14. <em>  Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, (et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu’un fils unique tient de son Père) tout plein de <strong>grâce</strong> et de vérité.<br />
15. <strong>Jean</strong> lui rend témoignage, et s’écrie en ces termes : « Voici celui dont je disais : Celui qui vient après moi, est passé devant moi, parce qu’il était avant moi. »<br />
16. et c’est de sa plénitude, que nous avons tous reçu, et <strong>grâce sur grâce</strong> ;<br />
17. parce que la loi a été donnée par Moïse, <strong>la grâce</strong> et la vérité sont venues par Jésus-Christ.</em></p>
<p>Deux auteurs fort différents ont certifié de l&#8217;origine midrashique du Prologue de Jean. Le premier est Bernard Dubourg qui, s&#8217;appuyant sur la proximité de &#8220;Au commencement était le Verbe&#8221; avec <em>Au Commencement, Dieu créa le Ciel et la Terre</em>, a produit une &#8220;rétroversion&#8221; en hébreu des deux premiers versets de Jean, plus satisfaisante que les laborieuses traductions qui en sont faites, et dotée de diverses propriétés  &#8220;guématriques&#8221; (1) :<br />
BRASYT HYH HDBR <em>Beréshit hayéh haDabar</em> Au Commencement est le Verbe<br />
WHDBR HYH LYHWH <em>VehaDabar hayéh leAdonaï</em> Et le Verbe est auprès de Dieu<br />
WYHWH HYH HDBR<em> VeAdonaï hayéh haDabar</em> Et Dieu est le Verbe<br />
HWA HYH BRASYT LYHWH <em>Hou hayéh Beréshit leAdonaï</em> Lui est au Commencement auprès de Dieu. </p>
<p>Le second est Daniel Boyarin qui intitule &#8220;La naissance intertextuelle du Logos. Le Prologue de Jean en tant que Midrash juif&#8221; un chapitre de &#8220;<em>La partition du judaïsme et du christianisme</em>&#8221; (2) . Pour cet auteur, le texte central, au carrefour du judaïsme, du christianisme et de l&#8217;hellénisme est le chapitre 8 des <em>Proverbes</em>, qui personnifie la Sagesse, EKMH, <em>&#8216;Hokhmah</em> (A 48 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2011/07/29/ecoutez-moi-dit-la-sagesse/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">« Écoutez-moi », dit la Sagesse</a>). De nombreux <em>midrashim</em> reconnaissent et enseignent que la Sagesse était présente &#8220;au commencement&#8221; (A 49 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2008/02/17/le-commencement-de-la-sagesse/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">La sagesse, au commencement</a>).</p>
<p>Le personnage de Jean naît donc par midrash. Ainsi nommé, on pourrait dire baptisé, il devient lui-même baptisant (Luc 3, 2-3) sous le nom de Jean-Baptiste. Aux non-juifs, il propose le baptême pour remplacer la circoncision, le prêtre faisant office de greffier d’état civil. Chaque père baptisant son fils  “se souvient” de Jean, fils de Zacharie. Le nom hébreu de Jean-Baptiste est <em>Yohanan HaMatbil</em>, YWENN HMtBYL. En hébreu, tBYLH, <em>Tevilah</em>, c’est l’immersion, le baptême, et tBLH, <em>Tavelah</em>, du latin <em>Tabula</em>, c’est la tablette. </p>
<p><strong>Prison et anniversaire</strong> </p>
<p>Par midrash Hérode remplace Pharaon. Cette assimilation est vraisemblablement contemporaine du règne d&#8217;Hérode le Grand, qui n&#8217;était pas juif, mais iduméen (descendant d&#8217;Edom, c&#8217;est-à-dire d&#8217;Esaü, le frère rival de Jacob/Israël), et qui entreprit, en construisant un gigantesque Temple de Jérusalem, des travaux &#8230; pharaoniques. Le Hérode de l&#8217;Évangile, comme le Pharaon de la Bible, est une institution indépendante du titulaire de la fonction. En Luc 13, 32, Jésus applique à l&#8217;un d&#8217;eux le qualificatif de &#8220;renard&#8221; , allusion à<em>Exode</em> 1, 10 où Pharaon s&#8217;écrie &#8220;<em>Allons ! Agissons avec ruse..</em>.&#8221;</p>
<p>En Marc 6, 14-29, Hérode prend Jésus pour Jean ressuscité. On apprend alors que Jean a été précédemment décapité. Un récit rétrospectif compliqué accumule alors les allusions à Joseph et Pharaon. Il y a d&#8217;abord la prison, sur accusation féminine : &#8220;<em> Car Hérode lui-même avait fait arrêter Jean, et l’avait fait lier en prison, à cause d’Hérodias, femme de Philippe, son frère, parce qu’il l’avait épousée, et que Jean lui disait : Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. Hérodias était irritée contre Jean, et voulait le faire mourir.</em> &#8221; Or en Genèse 39, 5-20, Joseph est allé en prison, accusé, lui, par la femme de Putiphar d&#8217;avoir tenté de la violer. </p>
<p>Il y a ensuite le festin d&#8217;anniversaire. En <em>Genèse</em> 40, Joseph en prison interprète les rêves symétriques du maître échanson et du maître panetier. Il dit au premier : &#8220;<em>Encore trois jours, et Pharaon relèvera ta tête et te rétablira dans ta charge (&#8230;) .</em> Puis au second : <em>Encore trois jours, et Pharaon enlèvera ta tête de dessus toi, te fera pendre à un bois, et les oiseaux mangeront ta chair</em>&#8220;. Et voici l&#8217;épilogue : <em>Le troisième jour, <strong>jour de la naissance de Pharaon</strong>, celui-ci fit un festin à tous ses serviteurs; et il éleva la tête du maître échanson et la tête du maître panetier, au milieu de ses serviteurs : il rétablit le maître échanson dans sa charge, pour qu&#8217;il mît la coupe dans la main de Pharaon; mais il fit pendre le maître panetier, selon la prédiction que Joseph avait faite. (&#8230;)</em>&#8221; (<em>Genèse</em> 40, 12-22). </p>
<p>Le festin d&#8217;anniversaire se retrouve en <em>Marc</em> 6, 21 : &#8220;<em>Or vint un jour propice, quand Hérode, <strong>à l&#8217;anniversaire de sa naissance</strong>, fit un banquet pour les grands de sa cour, les officiers et les principaux personnages de la Galilée : - la fille d&#8217;Hérodiade entra et dansa, et elle plut à Hérode et aux convives</em>&#8220;. Au lieu de s&#8217;intéresser à la pratique du midrash, les historiens se demandent gravement si la célébration des anniversaires était une coutume juive, grecque ou romaine ! Il s&#8217;agit ici d&#8217;une reprise du Livre d&#8217;Esther, qui brode sur le désir masculin, la séduction féminine et les festins. La demande d’Hérode (<em>tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, même si c’est la moitié de mon royaume</em>), reprend en particulier (cf &#8220;Le double et la moitié&#8221;), celles d’Assuérus à Esther (Esther 5, 3 et 6 ; 7, 2). En fait de moitié, c&#8217;est ici la tête de Jean-Baptiste que la fille d&#8217;Hérodiade demande et obtient, sur le conseil de sa mère :  <em>Le garde s&#8217;en alla et le décapita dans la prison ; puis il apporta sa tête sur un plat et la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère</em>&#8220;.  </p>
<p>Nous voila revenus aux rêves expliqués par Joseph : La tête de Jean-Baptiste évoque celles des deux maîtres, le panetier et l&#8217;échanson : &#8221;<em>Pharaon relèvera ta tête (&#8230;) Pharaon enlèvera ta tête..</em>.&#8221; Le garde qui décapite Jean évoque le chef des gardes qui place Joseph dans la même cellule que les deux ministres. Autre association d&#8217;idées : la &#8220;fille d&#8217;Hérodiade&#8221;, jamais nommée (3), qui rend la tête de Jean à sa mère, rappelle la &#8220;fille de Pharaon&#8221;, jamais nommée, qui recueille l’enfant Moïse dans sa nacelle, et le rend à sa mère, par l&#8217;entremise de Myriam (Marie), sœur de Moïse. &#8220;<em> La jeune fille alla chercher la mère de l’enfant. La fille de Pharaon lui dit : Emporte cet enfant, et allaite-le-moi ; je te donnerai ton salaire (AT-SKRK, <em>Ète-Sekarekha</em>). La femme prit l’enfant, et l’allaita. Quand il eut grandi, elle l’amena à la fille de Pharaon, et il fut pour elle comme un fils (WYHY-LH LBN, <em>VaYehy-Lah LeBen</em>). Elle lui donna le nom de Moïse, car, dit-elle, je l’ai retiré des eaux.</em> (<em>Exode</em> 2, 5-10).</p>
<p><strong>Baptême et circoncision</strong></p>
<p>Le &#8220;jour de la naissance&#8221; délivre la mère de son fardeau et l&#8217;enfant de sa prison. Celui de Pharaon est celui où il décide à la fois de la mort du maître du pain (panetier) et de la grâce du maître du vin (échanson). Dans les synagogues à <em>Yom Kippour</em>, c&#8217;est l&#8217;Éternel Qui est censé décider de &#8220;qui vivra et qui mourra&#8221;, et de &#8220;qui sera inscrit dans le livre de la vie&#8221;. Mais la mise en scène des maîtres du pain et du vin évoque surtout l&#8217;Eucharistie, mot grec qui signifie &#8220;action de grâces&#8221;. Dans la scène qui fonde le rite chrétien de la communion (<em>Matthieu</em> 26:17-28, <em>Marc</em> 14:12-24, <em>Luc</em> 22:7-20), située lors de la fête &#8220;<em>des pains sans levain</em>&#8221; (<em>Pessa&#8217;h</em>), célébrée chez un porteur d&#8217;eau (Luc 22:10, Marc 14:13), Jésus prend une coupe de vin, &#8220;rend grâces&#8221; et la distribue comme signe de la &#8220;nouvelle alliance&#8221;, puis prend du pain, &#8220;rend grâces&#8221; et le rompt. Jean/Yo&#8217;hanan, &#8220;Dieu fait grâce&#8221;, est évoqué par les actions de grâce, le baptême par le porteur d&#8217;eau, et l&#8217;ancienne alliance, celle de la circoncision, est effacée par la nouvelle.</p>
<p>Effacée ? C&#8217;est peu dire. La décapitation de Jean-Baptiste sépare de façon irréversible les baptisés des circoncis, tout comme la circoncision, la <em>Brit Milah</em>, l&#8217;Alliance de la coupure, sépare de façon irréversible les circoncis des incirconcis. La remise à de la tête de Jean sur un plateau, à Hérodiade, et celle du petit Moïse dans son berceau, à sa mère, sont des images du bébé rendu à sa mère sur un couffin après la circoncision, tandis que l&#8217;enterrement du corps de Jean (Matthieu 14, 12 -Marc 6,29), de même que l&#8217;enfouissement de l&#8217;Égyptien tué par Moïse (<em>Exode</em> 2, 12), sont des images de l&#8217;enterrement traditionnel du prépuce de l&#8217;enfant circoncis. On comprend pourquoi le récit des Évangiles est un &#8220;flash-back&#8221;. Présentée sur un plateau, la tête de Jean est pour Hérode, pour le pouvoir d&#8217;État, une preuve tangible de sa mort, de même que l&#8217;inscription de son nom sur les tablettes du <em>Cohen</em> Zacharie son père fait preuve de sa naissance et de sa filiation. </p>
<p>Une des visions du Prophète Zacharie est celle du chandelier à sept branches du Temple de Jérusalem (<em>Nombres</em> 8, 1-2) (Voir A 50 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2010/05/26/le-chandelier-a-sept-branches/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Le chandelier à sept branches</a> ; <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2008/12/23/le-chandelier-de-zacharie/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Le chandelier de Zacharie</a>), symbole de la semaine de sept jours (4). Cette vision s&#8217;achève par la célèbre sentence de YHWH : &#8220;Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais c’est par Mon esprit&#8221; (<em>Zacharie</em> 4,6). Les appartenances religieuses, familiales et nationales sont des liens spirituels auxquels rien n&#8217;oblige.  </p>
<p>Bref chaque naissance est une grâce divine, chaque fils pourrait s&#8217;appeler Jean, chaque fille Anne. <em>&#8216;Hannah</em> et <em>Yo&#8217;hanan</em> furent d&#8217;ailleurs des prénoms usuels dans le monde juif hellénistique ; leurs descendants, Jean et Anne, et leur innombrables composés et variantes linguistiques, sont devenus les prénoms les plus fréquents dans le monde chrétien. Quant à la fonction de <em>Cohen</em>, elle inclut la légitimation des unions et des filiations, ce dont héritera le clergé catholique, puis, après bien des vicissitudes, les officiers d&#8217;état civil de la République française. </p>
<p>&#8212;&#8212;</p>
<p>(1) <em>L&#8217;invention de Jésus</em>, t.1 chap. 6, intitulé Recherche sous <em>Jean</em>, I, 1-2 et repris d&#8217;un texte paru dans <em>L&#8217;Infini</em>, Denoël, 1985 (résumé dans A 47 <a href="http://www.hemmelel.fr/blog/2007/08/05/le-prologue-de-jean-retroverti-par-bernard-dubourg/">Le Prologue de Jean rétroverti par Bernard Dubourg</a>). Dubourg fait aussi remarquer que la valeur &#8220;guématrique&#8221; de Jean, <em>Yo&#8217;hanan</em>, YWENN, est 10+6+8+14+14=52, la même que celle de Messie, <em>Mashia&#8217;h</em> MSYE, 13+21+10+8 =52 et valeur, en guématrie classique, du mot &#8220;Fils&#8221;, BN, <em>Ben</em> (<em>Noun</em> a pour rang 14 et pour guématrie classique 50).</p>
<p>(2) Daniel Boyarin est professeur de culture talmudique à l&#8217;Université de Berkeley, spécialiste des premiers siècles de l&#8217;ère chrétienne, aussi bien des écrits juifs, chrétiens qu&#8217;&#8221;hérétiques&#8221;. Le livre original est paru en 2004 sous le titre &#8220;<em>Border Lines</em>&#8221; (University of Pennsylvania Press). Traduction de Jacqueline Rastoin, avec la collaboration de Cécile et Marc Rastoin. Les éditions du Cerf, 2011. </p>
<p>(3) C&#8217;est Flavius Josèphe qui nomme Salomé la fille d&#8217;Hérodiade. Le nom de &#8220;<em>Shulamit</em>&#8221; a un fort contenu érotique bien avant l&#8217;ère chrétienne. C&#8217;est le nom de l&#8217;amoureuse du Cantique des Cantiques. &#8220;Reviens, reviens, Shulamit&#8221; supplie son amant (A 51 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2008/01/21/la-sulamite-et-la-paix/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">La Sulamite et la Paix</a>) Pour notre génération, cet effet érotique est comparable à celui que Serge Gainsbourg obtient en faisant chanter (râler plutôt) Brigitte Bardot puis Jane Birkin :&#8221; Je vais et je viens&#8230; / Entre tes reins &#8230;&#8221; </p>
<p>(4) Le chandelier, à huit branches cette fois, devint symbole de l&#8217;affirmation nationale d&#8217;Israël quand le pouvoir grec prétendit interdire la circoncision au huitième jour : les bougies de <em>Hanoukah</em> rappellent chaque année la révolte des Maccabées.</p>
<p><a href="http://www.hemmelel.fr/blog/2012/12/21/25-le-massacre-des-innocents/">À suivre</a></p>
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		<title>23. Du midrash au Magnificat</title>
		<link>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/08/03/23-du-midrash-au-magnificat/</link>
		<comments>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/08/03/23-du-midrash-au-magnificat/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 03 Aug 2012 16:58:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[La Révélation]]></category>

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		<description><![CDATA[Comment Madame votre mère s&#8217;est-elle aperçue qu&#8217;elle était enceinte ? À qui l&#8217;a-t-elle annoncé ? Et comment fut choisi votre prénom ?
Citations, allusions
Le premier chapitre de Luc est centré sur l&#8217;Annonce faite à Marie : “ L’ange lui dit : (&#8230;) Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment Madame votre mère s&#8217;est-elle aperçue qu&#8217;elle était enceinte ? À qui l&#8217;a-t-elle annoncé ? Et comment fut choisi votre prénom ?</p>
<p><span id="more-725"></span><strong>Citations, allusions</strong></p>
<p>Le premier chapitre de Luc est centré sur l&#8217;Annonce faite à Marie : “<em> L’ange lui dit : (&#8230;) Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus</em>“ (<em>Luc </em>1, 31). Cette Annonce à Marie est elle-même encastrée dans un autre récit, consacré, lui, à l&#8217;Annonce faite à Zacharie, mari d&#8217;Elisabeth, puis à la naissance de leur fils Jean. Luc 1, 7 énonce : &#8220;<em>Ils n’ont point d’enfants, parce qu’Élisabeth était stérile</em> ; <em>et ils étaient l’un et l’autre avancés en âge</em>&#8220;, ce qui rappelle évidemment <em>Genèse</em> 18, 11 : &#8220;<em>Abraham et Sarah étaient vieux, avancés en âge : et Sarah ne pouvait plus espérer avoir des enfants</em>&#8220;. De même &#8220;<em>Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie (&#8230;) Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur s’empara de lui</em>&#8221; rappelle <em>Genèse</em> 18, 15 : &#8220;<em>Sarah mentit, en disant : Je n’ai pas ri. Car elle eut peur</em>&#8220;. Ces citations quelque peu transformées, ces allusions transparentes, sont caractéristiques du <em>midrash</em>.</p>
<p>Continuons. Luc 1, 13 : &#8220;<em>Mais l’ange lui dit : Ne crains point, Zacharie ; car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean</em>&#8220;. il y a là une répétition de <em>Genèse </em>17, 19 : <em>Dieu dit: Certainement Sarah, ta femme, t’enfantera un fils; et tu l’appelleras du nom d’Isaac</em>. De plus, verset 14 : &#8220;<em>Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance</em>&#8220;, la joie et l&#8217;allégresse font clairement allusion au nom d&#8217;Isaac, <em>Yits&#8217;haq</em>, YZEQ, &#8220;On rira&#8221;.</p>
<p>On se souvient qu&#8217;en <em>Genèse</em> 21, 1 « YHWH visite (<em>paqad</em>) Sarah &#8221; au moment de la rendre enceinte (cf ch. 20 &#8220;Passage en revue&#8221;). On se souvient aussi de deux sens du verbe <em>paqad</em>, &#8220;visiter&#8221; au sens médical du terme, et &#8220;recenser&#8221;. Au début du chapitre 2 de Luc, si Marie va accoucher à Bethléem, c&#8217;est qu&#8217;il y a un recensement, celui de Quirinius. Mais au milieu du chapitre 1er, Marie rend visite (c&#8217;est la &#8220;Visitation&#8221;) à sa parente Elisabeth, &#8220;<em>Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit</em>&#8220;. La grossesse est d&#8217;abord une affaire de femmes, qui ne peuvent échanger leurs expériences qu&#8217;entre elles. L&#8217;Éternel Qui visite Sarah est aussi l&#8217;Éternelle, bénie soit-Elle.</p>
<p>Une différence notable entre les annonces à Marie et à Sarah est d&#8217;ailleurs l&#8217;emploi du terme &#8220;enceinte&#8221; (&#8221;<em>L’ange lui dit : (&#8230;) Et voici, tu deviendras enceinte</em>&#8220;). Jamais Sarah n&#8217;est qualifiée d&#8217;enceinte. Dans la Genèse, c&#8217;est Hagar qui tombe enceinte, avec insistance : <em>Genèse</em> 16, 4, puis 11 : &#8220;<em>Abraham alla vers Agar, et elle devint enceinte. Quand elle se vit enceinte, elle regarda sa maîtresse avec mépris (&#8230;) L’ange du Seigneur lui dit : Voici, tu es enceinte, et tu enfanteras un fils, à qui tu donneras le nom d’Ismaël ; car le Seigneur t’a entendue dans ton affliction</em>&#8220;. Au passage, notons que si l&#8217;allégresse fait allusion à Isaac, &#8220;<em>ta prière est exaucée</em>&#8221; fait allusion à &#8220;<em>l&#8217;Eternel t&#8217;a entendue</em>&#8220;, donc au nom d&#8217;Ismaël. L&#8217;appellation de l&#8217;&#8221;ange du Seigneur&#8221; (en hébreu MLAK YHWH, <em>Maleakh Adonaï</em>, &#8220;Messager de YHWH&#8221;) est également commune aux annonces à Hagar et à Elisabeth. Cet ange se nomme Gabriel, aux versets 19 pour Zacharie et 26 pour Marie ; c&#8217;est, nous l&#8217;avons vu plus haut, (ch. 11 &#8220;Une maîtresse femme&#8221;), une allusion à la vigueur sexuelle et à GBRT, <em>Gueveret</em>, &#8220;maîtresse&#8221; : Sarah est la &#8220;maîtresse&#8221; de Hagar.</p>
<p><strong>Pleine de grâce</strong>  </p>
<p>Luc 1 évoque donc les naissances d&#8217;Isaac et d&#8217;Ismaël. Mais aussi celle de Samuel. Comme le premier chapitre de <em>1Samuel</em>, celui de <em>Luc</em> commence dans le style &#8220;Il était une fois&#8221; : &#8220;<em>Du temps d’Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d’Abia ; sa femme était d’entre les filles d’Aaron, et s’appelait Élisabeth</em>&#8221; (Luc 1, 5) renvoie à &#8220;<em>Il y avait un homme de Ramathaïm-Tsophim, de la montagne d’Éphraïm, nommé Elkana (&#8230;) Il avait deux femmes, dont l’une s’appelait Anne, et l’autre Peninna</em> (1Samuel, 1, 1). Les deux récits évoquent chacun des lignées de <em>Cohanim</em>. Zacharie est un &#8220;sacrificateur&#8221;, c&#8217;est-à-dire un <em>Cohen</em>, un descendant d&#8217;Aaron, qui a épousé une &#8220;fille d&#8217;Aaron&#8221;, elle-même nommée Elisabeth, comme la femme d&#8217;Aaron lui-même, et qui &#8220;<em>observe d’une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur</em>&#8221; (Luc 1, 6), ce qui n&#8217;était pas le cas des &#8220;<em>deux fils d’Éli, Hophni et Phinées, sacrificateurs de l’Éternel.</em> (1 Samuel 1,3).</p>
<p>Autre façon d&#8217;évoquer <em>&#8216;Hannah</em>, ENH, insister sur la &#8220;grâce&#8221;, sous la forme bien connue de l&#8217;<em>Ave Maria</em>. &#8220;<em>L’ange entra chez elle, et dit : Je te salue, toi à qui une <strong>grâce</strong> a été faite ; le Seigneur est avec toi. Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. L’ange lui dit : Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé <strong>grâce</strong> devant Dieu</em>&#8221; (v. 28-30). Cette grâce, <em>&#8216;Hen</em> en hébreu, conduira le &#8220;Protévangile de Jacques&#8221; à nommer &#8220;Anne&#8221; la mère de Marie, tradition que Léonard de Vinci a définitivement consacré dans un célèbre tableau dans lequel cette supposée grand-mère a l&#8217;apparence d&#8217;une mère également touchée par la grâce.</p>
<p>Avant l&#8217;Ave Maria, une autre mention de la grâce permet de faire coup double : au verset 25, quand Elisabeth comprend qu&#8217;elle est enceinte, elle associe la grâce à la formule de Rachel à la naissance de Joseph (cf &#8220;15. Le nom de famille&#8221;) :  <em>C’est la grâce que le Seigneur m’a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour <strong>ôter mon opprobre</strong> parmi les hommes</em>. Précisément un autre Joseph, le fiancé de Marie, est nommé deux versets plus loin, au verset 27 ; or Joseph, fils de Rachel, est connu pour avoir repoussé les avances de la femme de Putiphar, qu&#8217;il n&#8217;a donc pas &#8220;connue&#8221; (<em>Genèse</em> 39, 7-15). Ici, c&#8217;est au verset 34 que Marie dit &#8220;n&#8217;avoir pas connu&#8221; d&#8217;homme. Et en <em>Exode</em> 1, 8 <em>s&#8217;élève sur l&#8217;Egypte &#8220;un nouveau roi qui n&#8217;avait pas connu&#8221;&#8230; Joseph</em>. Dans ce dernier cas, ce n&#8217;est ni Isaac, ni Ismaël, ni Samuel, ni Joseph dont Luc évoque la naissance, c&#8217;est Moïse, recueilli dans son berceau par la Fille de Pharaon, sous les yeux de sa sœur aînée Myriam, MRAM, nom que la Bible Darby, par exemple, traduit par &#8230; Marie. A vrai dire, comme vu plus haut (15. Le nom de famille), c&#8217;est surtout l&#8217;Évangile de Matthieu qui relie la naissance de Jésus à celle de Moïse, avec la fuite en Egypte de la Sainte Famille, et la transformation de la noyade des petits garçons hébreux en Massacre des Innocents.</p>
<p><strong>Deux hymnes</strong></p>
<p>Le principal lien entre &#8216;Hannah et Marie est constitué par le <em>Magnificat</em> de l&#8217;Évangile de Luc (1, 46-55), mis en musique en particulier par Jean-Sébastien Bach, dix versets qui se comparent au cantique de &#8216;Hannah, de dix versets également (Voir A 44 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2012/03/16/du-cantique-de-hannah-au-magnificat/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Du cantique de Hannah au &#8220;Magnificat&#8221;</a>). Le thême commun aux deux hymnes est la toute-puissance de Dieu. Contrairement à toutes les idées reçues, c&#8217;est le cantique de &#8216;Hannah, dans l&#8217;Ancien Testament, qui invoque <em>Yeshu&#8217;a</em> et <em>Mashia&#8217;h</em>, Jésus et Messie ; et c&#8217;est celui de Marie, dans le Nouveau Testament, qui invoque Israël et Abraham (54-55) : &#8220;<em>Il a secouru Israël, son serviteur, et il s’est souvenu de sa miséricorde, comme il l’avait dit à nos pères, envers Abraham et sa postérité pour toujours</em>&#8220;. </p>
<p>En Luc 2, 36 apparaîtra &#8220;<em>la prophétesse Anne, fille de Phanuel, de la tribu d&#8217;Asher</em>&#8221; (1). Phanuel ? Encore une allusion à FNY, <em>Peney</em>, les &#8220;faces&#8221; de YHWH. Quant à Asher, c&#8217;est le huitième fils de Jacob, fils de Zilpa, la servante de Léa (voir &#8220;14. Il y a une récompense&#8221;), dont le nom <em>Asher</em>, Heureux, est justifié en <em>Genèse</em> 30, 13  : &#8220;<em>Et Léa dit: &#8220;Il est né pour mon bonheur! Oui, les filles m&#8217;ont nommée bienheureuse.&#8221; Et elle l&#8217;appela Asher</em>&#8220;. Or voici qu&#8217;en <em>Luc</em> 1, 48, au début du Magnificat, Marie s&#8217;écrie &#8220;Désormais tous les âges me diront bienheureuse&#8221;.</p>
<p>Tout indique donc que l&#8217;Évangile de Luc, au moins ses deux premiers chapitres, s&#8217;enracine dans les approfondissements, commentaires et <em>Midrashim</em> de l&#8217;Ancien Testament. Et encore avons-nous évité dans cette démonstration de commenter les noms du mari et du fils d&#8217;Elisabeth, à savoir Zacharie et Jean. Ce sera l&#8217;objet du chapitre suivant.</p>
<p>(1) Marie Vidal consacre tout le chapitre 9, p. 85 à 95,  de &#8220;<em>Jésus &#038; Virounèka</em>&#8221; (Romillat, 2000) à &#8220;La femme de la tribu d&#8217;Asher&#8221;.</p>
<p><a href="http://www.hemmelel.fr/blog/2012/10/08/24-linvention-de-letat-civil/">À suivre</a></p>
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		<title>22. La grâce, l&#8217;onction et la bénédiction</title>
		<link>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/04/02/22-hannah-son-fils-et-la-grace/</link>
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		<pubDate>Mon, 02 Apr 2012 11:46:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[La Révélation]]></category>

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		<description><![CDATA[Où l&#8217;on entend &#8216;Hannah, mère de Samuel, chanter Yeshou&#8217;a, le Salut, et Mashia&#8217;h, l&#8217;Oint.
Le nom de Noé, NE, Noa&#8217;h est l&#8217;inverse du mot &#8220;grâce&#8221;, EN, &#8216;Hen. Quand son père, Lémec, lui donne ce nom, il le rattache à l&#8217;idée de &#8220;consoler&#8221; (Voir A 40: Grâce et consolation). La naissance de n&#8217;importe quel enfant est une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Où l&#8217;on entend &#8216;Hannah, mère de Samuel, chanter <em>Yeshou&#8217;a</em>, le Salut, et <em>Mashia&#8217;h</em>, l&#8217;Oint.</p>
<p><span id="more-724"></span>Le nom de Noé, NE, <em>Noa&#8217;h</em> est l&#8217;inverse du mot &#8220;grâce&#8221;, EN, <em>&#8216;Hen</em>. Quand son père, Lémec, lui donne ce nom, il le rattache à l&#8217;idée de &#8220;consoler&#8221; (Voir A 40: <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2012/03/28/grace-et-consolation/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Grâce et consolation</a>). La naissance de n&#8217;importe quel enfant est une &#8220;bonne nouvelle&#8221;, qui console les parents de leurs peines et douleurs. Mais pour le &#8220;nouveau-NE&#8221; lui-même, recevoir la vie, et tout un patrimoine génétique, est une &#8220;grâce&#8221; ; cela lui est offert &#8220;gracieusement&#8221;, &#8220;gratuitement&#8221;. </p>
<p><strong>Les faces de &#8216;Hannah</strong></p>
<p>De <em>&#8216;Hen</em>, la grâce, dérive le verbe &#8216;ENN, <em>&#8216;Hanan</em>, &#8220;favoriser&#8221;, &#8220;gratifier&#8221;. Le nom masculin, ENN, <em>&#8216;Hanan</em> évoque la &#8220;gratitude&#8221; des parents à la naissance d&#8217;un garçon. En <em>Genèse</em> 36, 31 et suiv, dans la liste &#8220;des rois ayant régné au pays d’Edom, avant qu’un roi régnât sur les Enfants d’Israël&#8221;, figure un &#8220;<em>Ba&#8217;al &#8216;Hanan</em>, BŒL ENN, &#8220;<em> Seigneur &#8216;Hanan</em>&#8220;, nom qui s&#8217;inversera à Carthage en &#8220;Hanni-bal&#8221; : le dialecte phénicien, ou punique, parlé à Carthage, est d&#8217;origine sémitique, proche de l&#8217;hébreu (1). Mais EN, <em>&#8216;Hen</em>, la grâce, est d&#8217;abord un attribut féminin, que personnifie <em>&#8216;Hannah</em>, ENH en trois lettres <em>&#8216;Heth, Noun, Hé</em>, la mère de Samuel. Longtemps stérile, &#8216;Hannah prie avec ferveur pour avoir un garçon, qu&#8217;elle promet de consacrer au Seigneur. Exaucée, elle exalte Dieu dans un cantique éloquent, et tient sa promesse en confiant son fils au sanctuaire de Silo. </p>
<p>Au verset 18 du premier chapitre de <em>1Samuel </em>se trouve une mention énigmatique : &#8220;&#8216;Hannah change de visage&#8221;. L&#8217;hébreu ne dit pas tout à fait cela : &#8220;ses faces (FNYH, <em>Fanèykha</em>) n’étaient plus à elle&#8221;, traduit Chouraqui, comme au deuxième verset de la Bible : &#8220;<em>la terre était tohu-et-bohu, une ténèbre sur les faces (ŒL-FNY, </em>‘Al-Penéy<em>) de l’abîme, mais le souffle d’Elohîm planait sur les faces (ŒL-FNY, </em>‘Al-Penéy<em>) des eaux</em>&#8220;. De même Chouraqui traduit la préposition LFNY, <em>Lifnéy</em>, par &#8220;face à &#8220;, et non par &#8220;devant&#8221;, comme le font les dictionnaires usuels. Les informaticiens nous ont familiarisés avec la notion d&#8217;&#8221;interface&#8221;. C&#8217;est cela, &#8216;Hannah change d&#8217;interface : au lieu d&#8217;espérer un enfant de son mari, elle l&#8217;attend désormais de YHWH, à Qui elle a promis de consacrer son garçon. </p>
<p>Si &#8216;Hannah change de faces, ce n&#8217;est pas qu&#8217;elle tombe enceinte et prenne un &#8220;masque de grossesse&#8221;, non : ce n&#8217;est qu&#8217;aux versets suivants, 19-20, qu&#8217;Elqanah &#8220;connaît&#8221; sa femme. La formule &#8220;<em>Et Elqanah connaît &#8216;Hannah sa femme</em>&#8220;, WYDŒ ALQNH AT-ENH ASTW, <em>VaYid&#8217;a Elqanah Ète-&#8217;Hannah Ichto</em> reproduit <em>Genèse</em> 4,1 &#8220;<em>Et l&#8217;Adame connaît Ève sa femme</em>&#8220;, WHADM YDŒ AT-EWH ASTW, <em>VeHaAdame Yad&#8217;a Ète-Hawa Ichto</em>, d&#8217;autant que le nom de &#8216;Hannah, ENH, reproduit, à une lettre centrale près, celui de Ève, <em>&#8216;Hawah</em> EWH (2).  Or le verset de Ève se prolonge par l&#8217;engendrement de Caïn, QYN, le Jaloux ; cela éclaire le nom du mari de &#8216;Hannah, <em>Elqanah</em>, ALQNH, &#8220;jaloux de Dieu&#8221;. Il y a de quoi : son fils ne sera pas le sien ! </p>
<p>L&#8217;importance des &#8220;faces&#8221;, FNY, <em>Penéy</em>, de &#8216;Hannah est soulignée par plusieurs noms du récit : l&#8217;autre femme de Elqanah s&#8217;appelle <em>Pennina</em>, FNNH, et les deux fils du prêtre &#8216;Eli, s&#8217;appellent <em>Hophni</em>, EFNY, et <em>Pin&#8217;has</em>, FNEX, qualifiés de &#8220; <em>Cohanim</em> pour Adonaï, KHNYM LYHWH&#8221;. Or Aaron et sa femme, Èlishéba&#8217;, ALYSBŒ, ont quatre fils ; le troisième, Eléazar, est le père d&#8217;un autre <em>Pin&#8217;has</em>, FYNEX</em>&#8230;, cette fois avec un <em>Yod</em> ; celui-là s&#8217;illustrera à <em>Baal-Pe&#8217;or</em> BŒL FŒWR (d&#8217;où vient le nom de Belphégor, le démon séducteur),  en tuant d&#8217;un seul coup de lance le couple enlacé de l&#8217;Israélite Zimri, et de la Madianite Kozbi, KÇBY.  Ce zèle meurtrier vaudra à la lignée de Pin&#8217;has la promesse du sacerdoce à perpétuité. (Voir A 41 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2011/07/11/le-geste-de-pinhas-2/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Le geste de Pin&#8217;has</a> + <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2010/07/22/que-sest-il-passe-a-peor/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Que s&#8217;est-il passé à Pe&#8217;Or ?</a>). Il est bien possible que ce nom, <em>Pin&#8217;has</em>, FNEX ou FYNEX, soit à l&#8217;origine étymologique du nom des &#8220;Phéniciens&#8221;, ou &#8220;Puniques&#8221;. Leur réputation de commerçants est cohérente avec l&#8217;idée d&#8217;&#8221;interface&#8221;.</p>
<p>Toujours est-il que l&#8217;enjeu du récit est la succession de &#8216;Eli : l&#8217;enfant Samuel va entrer au service du sanctuaire et faire progressivement fonction de Cohen, tandis que les deux fils de &#8216;Eli accumulent les turpitudes : &#8220;<em>le crime de ces jeunes était très grand &#8220;à la face&#8221; de YHWH (AT-FNT YHWH, </em>Ète Peney Adonaï)&#8221;. YHWH annonce qu&#8217;ils mourront le même jour, ce qui surviendra au chapitre 4, verset 11. Cette circonstance rappelle le mystérieux épisode de <em>Lévitique</em> 10, 1-2 quand les deux premiers fils d&#8217;Aaron, Nadab et Abihou, meurent brutalement, <em>face à YHWH</em> (LFNY YHWH, <em>Lifnéy Adonaï</em>). Les voies de YHWH sont impénétrables. Les deux fils foudroyés sont alors remplacés par leurs deux frères Eléazar et Itamar. Naïtre fils de <em>Cohen</em> est une &#8220;grâce&#8221; nécessaire pour accéder à la fonction, mais n&#8217;est pas suffisante ; encore faut-il s&#8217;en montrer digne. Samuel, fils de &#8216;Hannah, est &#8220;touché par la grâce&#8221;.</p>
<p><strong>La bénédiction sacerdotale</strong></p>
<p>Aujourd&#8217;hui les <em>Cohanim</em>, descendants d&#8217;Aaron, ne reçoivent plus de sacrifices. Mais ils ont gardé le privilège héréditaire, de génération en génération, de bénir l&#8217;assistance, à chaque office de <em>Shabbat</em> ou de fête, selon les termes de l&#8217;antique &#8220;bénédiction sacerdotale&#8221;, instituée par Moïse lui-même en <em>Nombres</em> 6, 24-26 :<br />
<em> Et l&#8217;Eternel parla à Moïse, disant:<br />
<strong>Parle à Aaron et à ses fils</strong>, disant: Vous bénirez ainsi les fils d&#8217;Israël, en leur disant<br />
Que YHWH te bénisse et te garde ;<br />
Qu’Il fasse luire <strong>sa face</strong> (FNYW, </em>Panayv<em>) vers toi, et te fasse <strong>grâce</strong> (WYENK, </em>Viy&#8217;Hounèka<em>) ;<br />
Que YHWH lève <strong>sa face</strong> (FNYW, </em>Panayv<em>) vers toi, et mette en toi la paix</em>. </p>
<p>Même au fidèle qui ne comprend pas l&#8217;hébreu, la bénédiction sacerdotale procure une émotion profonde. Le Cohen, le visage enfoui dans son châle de prière, écarte les bras et tend ses mains vers l’assemblée, ses paumes tendues vers l’extérieur ; il entonne crescendo la bénédiction, aux trois phrases successives de trois, cinq et sept mots, de quinze, vingt et vingt-cinq lettres, couronnés par le mot &#8220;Shalom&#8221;, SLWM, &#8220;paix&#8221; (Voir A 42 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2012/06/04/trois-cinq-sept/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Trois cinq sept</a>). Il y a une forte présomption que cette bénédiction ait été déjà pratiquée à l&#8217;époque du Premier Temple, celui de Salomon. On a en effet trouvé une amulette d&#8217;argent datant de cette époque portant un texte qui contient le mot YHWH en paléo-hébreu, et qui semble être celui de la bénédiction sacerdotale. Mais il y a une autre preuve de l&#8217;impression - c&#8217;est le cas de le dire - que cette bénédiction a laissée, siècle après siècle, sur des générations de fidèles et de pélerins : la tradition chrétienne dite du &#8220;voile de Véronique&#8221;, thême de la sixième station du &#8220;chemin de Croix&#8221;. </p>
<p>Rarissimes sont ceux qui savent que ce nom, Véronique, vient de l&#8217;hébreu WYENK, <em>Viy&#8217;Hounèka</em>, &#8220;qu&#8217;Il te fasse grâce&#8221;, mot central de la bénédiction sacerdotale. Les auteurs qui le professent sont d&#8217;ailleurs en butte, comme Bernard Dubourg, à une incompréhension générale. L&#8217;un d&#8217;eux est René Guyon, qui tient le site méridional &#8220;<em>Garrigues &#038; sentiers</em>&#8220;. Voila ce qu&#8217;il écrit, en date du 29 janvier 2006, sous le titre &#8220;La grâce de Véronique&#8221; : </p>
<p><< On dit que la "véronique" est la passe la plus gracieuse qu’un torero peut faire avec sa cape, car il semble alors essuyer doucement le visage du taureau. Mais c’est Véronique – à quelques jours de sa fête le 4 février - qu’on évoquera ici : la femme qui osa sortir de la foule pour s’approcher de Jésus portant sa croix et essuyer son visage, dont la marque resta imprimée sur le linge, faisant de Véronique la sainte patronne des photographes… Véronique dont on ne trouve aucune trace dans les évangiles, mais seulement sur les chemins de croix de nos églises. Certains savants très savants ont vu dans son nom "<em>vera icôn</em>&#8220;, la vraie icône (mélange gréco-latin surprenant !)… Mais en fréquentant le Premier Testament on peut avoir une révélation, un jour, en écoutant la triple bénédiction que Dieu lui-même a enseignée à Moïse et lui a commandé de faire dire par Aaron et ses fils, pour que de siècle en siècle ils bénissent les fils d’Israël en leur disant (Nb 6,24-26) :</p>
<p><em>Yavarérera adonaï vayishemeréra<br />
Ya’er adonaï panayv éleyra <strong>virounêka</strong><br />
Yisa&#8217; adonaï panayv éleyra vayassem lera shalom</em><br />
c’est-à-dire :<br />
Que le Seigneur te bénisse et te garde !<br />
Que le Seigneur illumine son visage pour toi <strong>et te fasse grâce</strong> !<br />
Que le Seigneur élève son visage vers toi et dépose en toi la paix !</p>
<p>(&#8230;) <em>Virounêka</em> est une forme du verbe &#8220;<em>ranan</em>&#8220;, &#8220;faire grâce&#8221;.<br />
et – comme par hasard – les phrases qui entourent ce mot – grâce – sont une prière pour que le Seigneur illumine le visage du croyant et élève le Sien vers lui pour y déposer la paix. >></p>
<p>René Guyon transcrit ici le <em>Het</em> hébreu par un R, ce qui fait hurler les linguistes, mais explique le passage de <em>Vi&#8217;hounèka</em> à Véronique.  Précisément, Marie Vidal, auteure d&#8217;un livre intitulé précisément &#8220;<em>Jésus et Virounèka</em>&#8221; (Romillat, 2000), écrit p.146-148 :</p>
<p><< Ces quinze mots ont pour centre le dernier mot de la deuxième phrase. (... Le huitième mot "Qu'il te fasse grâce"), construit avec le verbe "faire grâce", <em>hanan</em>, de la racine <em>hèn</em>, &#8220;grâce&#8221;, avec un <em>h</em> guttural. Selon la prononciation, le <em>h</em> sera souvent allégé, il disparaît dans Anne, Jean, mais se montre, muet, dans Jehanne, Johan, johannique. Fréquemment aussi ce <em>h</em> sera fortement prononcé, comme un <em>r</em> ou comme la <em>jota</em> espagnole ou le <em>ch</em> allemand >>.</p>
<p>&#8220;Anne, Jean&#8221;, bon Dieu, mais c&#8217;est bien sûr ! <em>&#8216;Hannah</em>, ENH, <em>&#8216;Hanan</em>, ENN, <em>Yo&#8217;hanan</em>, YWENN, sont devenus, dans le monde sémitique, des prénoms très fréquents, témoignant de l&#8217;émotion universellement partagée par les parents devant cette grâce, ce miracle, qu&#8217;est la naissance d&#8217;un enfant. Mais pour qu&#8217;ils restent, avec leurs variantes linguistiques et leurs composés, des prénoms extrêmement fréquents dans le monde contemporain, il fallut le relais des Évangiles, canoniques ou non, de Marie &#8220;pleine de grâce&#8221;, de sa mère Sainte-Anne, de Jean le Baptiste, et d&#8217;autres Saint-Jean. </p>
<p>Quant à Véronique, il faut l&#8217;associer à son doublet grec, Bérénice, nom portée par la princesse juive aimée de Titus, héroïne de Racine ; on peut soupçonner les Juifs du monde grec (hellénistique, plus précisément) d&#8217;avoir précisément adopté ce prénom parce qu&#8217;il faisait jeu de mots entre une étymologie grecque (&#8221;Qui apporte la Victoire&#8221;) et une exclamation hébraïque (&#8221;Qu&#8217;Il te fasse grâce&#8221;) aussi courante que les &#8220;<em>Gracias</em>&#8221; et &#8220;Merci&#8221; (déformation de Miséricorde) du monde latin. </p>
<p><strong>Le cantique de &#8216;Hannah</strong></p>
<p>Revenons aux <em>Cohanim</em>. La seule institution pérenne créée par la Torah est celle du &#8220;prêtre oint&#8221;, HKN MMSYE, <em>HaCohen HaMashya&#8217;h</em> (<em>Lévitique</em> 4, 3, 5 et 16 ; 6, 15), d&#8217;abord réservée à Aaron et à ses quatre fils. En <em>Exode</em> 28, l&#8217;&#8221;huile de l’onction sainte&#8221; (SMN MSET-QDS, <em>Shemène Mish’hat-Qodèsh</em>) est mentionnée au verset 41, puis sa composition décrite en <em>Exode</em> 30, 25. Sans avoir été oint lui-même, Samuel, qui reçoit directement les ordres de YHWH, sera celui qui sacrera les deux premiers rois d&#8217;Israël, Saül avec une fiole d&#8217;huile, puis David avec une &#8220;corne d&#8217;huile&#8221; (Voir A 33 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2011/02/08/lonction-du-grand-pretre/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">L&#8217;onction du Grand-Prêtre</a>, <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2012/04/10/lhuile-donction/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">L&#8217;huile d&#8217;onction</a>). D&#8217;ailleurs, si on sait que Saül est fils de Kish, QYS, et David fils de Jessé YSY, <em>Ishaï,</em>, les mères de ces rois ne sont pas nommées : tout se passe comme si &#8216;Hannah était leur mère, par Samuel interposé : ils reçoivent la grâce de l&#8217;onction.</p>
<p>En attendant, YHWH &#8220;visite &#8221; (FQD, <em>paqad</em>) &#8216;Hannah&#8217; pour lui donner d&#8217;autres enfants en remplacement de Samuel, voué au service divin (2, 20-21). Quant à &#8216;Hannah, elle exalte YHWH dans un cantique (<em>1Samuel</em> 2, 1-10) qui mériterait, comme celui de Myriam et ses tambourins (<em>Exode</em> 15, 1-21 voir 19. Le Salut et le Sauveur), comme celui de Déborah, qui célébre les tribus d&#8217;Israël en <em>Juges</em> 5, comme les Psaumes de David, d&#8217;être non seulement lu mais chanté en hébreu. Entonnés par des générations de fidèles, ces hymnes populaires ont été affadis par leurs traductions, et par les liturgies successives des synagogues, des temples et des églises. La conservation de quelques souvenirs des expressions hébraïques originales, comme le célèbre HLLW YH, <em>Hallelou Yah</em>, &#8220;Louons Dieu&#8221;, qui ouvre huit psaumes (111-113, 135, 147-150), témoigne de leur force et de l&#8217;enthousiasme qu&#8217;ils suscitaient à Jérusalem.</p>
<p>Hannah chante (6-8) : <em>YHWH fait mourir et fait vivre, fait descendre au Sheol et en fait remonter. YHWH appauvrit et enrichit, abaisse et relève. Il tire de la poussière l’indigent, du fumier il relève le nécessiteux</em> Le verset 5 contient une allitération que la traduction rend obscure : &#8220;<em>Les rassasiés (SBŒYM, </em>Sevé&#8217;im<em>) se sont salariés pour du pain; les affamés ont cessé de l’être; même la femme stérile enfante sept fois (SBŒH, </em>Chive&#8217;ah<em>), et celle qui avait beaucoup de fils dépérit</em>. La louange de &#8216;Hannah est celle de la femme stérile dont le désir de maternité est exaucé, mais aussi celle de la mère qui rêve ou s&#8217;émerveille du destin de son fils. Myriam, au début du cantique de la Mer, avait entonné : &#8220;<em> Je chanterai à YHWH, (&#8230;) Il est pour moi le Salut (WYHY-LY LYSWŒH, </em>Vayehi-Ly LiYeshou&#8217;a)&#8221; (<em>Exode</em> 15, 1-2). &#8216;Hannah, au début du sien, proclame : &#8220;<em>Haute est ma corne en YHWH (RMH QRNY BYHWH, </em>Ramah Qareni BaAdonaï<em>)(&#8230;) Car je me réjouis en ton Salut (KY SMETY BYSWŒTK, </em>Ki Sama&#8217;heti BiYoshou&#8217;atekha)&#8221;. Voila la corne associée de nouveau au Salut (cf 18. Les cornes de Moïse). Quand la corne revient au dernier verset du cantique, elle est celle de l&#8217;Oint : &#8220;<em>YHWH juge les extrémités de la terre; il donne la victoire à son roi, et relève la corne de son oint (WYRM QRN MSYEW, </em>VeYarém Qèrène Meshiy&#8217;ho)&#8221;. Chouraqui traduit : &#8220;<em>la corne de son messie</em>&#8220;. Qui aujourd&#8217;hui comprend quelque chose à cet hymne maternel à la Corne, au Salut et au Messie ?</p>
<p>Selon une tradition attestée depuis le neuvième siècle, la &#8220;Sainte-Ampoule&#8221; contenant l&#8217;huile, le &#8220;Saint-Chrême&#8221;, dont on se servait pour sacrer les &#8220;par la grâce de Dieu rois de France&#8221;,  a été apportée à Reims par un Ange sous la figure d&#8217;une colombe, et a servi au baptême de Clovis, l&#8217;an 496. Depuis cette huile est réservée à cet usage, comme celle ayant servi à oindre David et Salomon (Cf A 43 &#8220;<a href="http://www.judeopedia.org/blog/2012/05/29/de-droit-divin/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">De droit divin</a>&#8220;). Charles X, en 1825, fut le dernier roi à être ainsi sacré. Le baume du sacre est toujours conservé à l&#8217;archevêché de Reims. Pourquoi la France, &#8220;fille aînée de l&#8217;Église&#8221;, a-t-elle perdu le souvenir de <em>&#8216;Hannah</em>, la Grâce, mère de Samuel, qui chantait en hébreu Jésus, <em>Yeshu&#8217;a</em>, et le Messie, <em>Mashya&#8217;h</em> ? </p>
<p>(1) Selon Marc-Alain Ouaknin, le nom de Carthage lui-même est apparenté à <em>Qyriat &#8216;Hadash</em>, QRYT EDS, Ville nouvelle.<br />
(2) De plus, en hébreu carré, le <em>Noun</em> N ressemble beaucoup au <em>Vav</em>, W</p>
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		<title>21. Bâtisseurs du Temps</title>
		<link>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/03/09/21-batisseurs-du-temps/</link>
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		<pubDate>Fri, 09 Mar 2012 09:48:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[La Révélation]]></category>

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		<description><![CDATA[Vous connaissez votre date de naissance, parce que vos parents vous l&#8217;ont dite et l&#8217;ont déclarée à l&#8217;administration. Quel jour de la semaine était-ce ? Et la date de votre conception ?
Le lieu du souvenir
Le deuxième verset du Livre des Nombres, cité au chapitre précédent, dispose : “Relevez la tête de toute la réunion des Enfants [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Vous connaissez votre date de naissance, parce que vos parents vous l&#8217;ont dite et l&#8217;ont déclarée à l&#8217;administration. Quel jour de la semaine était-ce ? Et la date de votre conception ?</p>
<p><span id="more-722"></span><strong>Le lieu du souvenir</strong></p>
<p>Le deuxième verset du Livre des <em>Nombres</em>, cité au chapitre précédent, dispose : “<em>Relevez la tête de toute la réunion des Enfants d’Israël, par familles, par la maison de leurs pères, par le nombre des noms, tout mâle, par crâne</em>“. &#8220;Tout mâle&#8221;, c&#8217;est KL-ÇKR, <em>Kol-Zakhar</em>, et &#8220;par crâne&#8221;, c&#8217;est LGLGLTM, <em>LeGoulgalotam</em>. Nous avions déjà rencontré ÇKR, <em>Zakhar</em>, &#8220;souvenir&#8221;, au chapitre 19, à propos d&#8217;Amaleq. Mais c&#8217;est aussi &#8220;mâle&#8221;. Quand <em>Elohim</em> crée l&#8217;homme, il le crée &#8220;mâle et femelle&#8221;, ÇKR WNQBH, <em>Zakhar OuNeqévah</em> (<em>Genèse</em> 1, 28). Ce n&#8217;est qu&#8217;à la fin du Déluge que ÇKR prend aussi le sens de « se souvenir » (<em>Genèse</em> 8, 1) : &#8220;<em>Et Elohim se souvint (WYÇKR ALHYM, </em>VaYizkor Elohim<em>) de Noé et de tous les animaux et de tout le bétail qui étaient avec lui dans l’arche</em>&#8220;. L&#8217;arche, avons-nous vu (ch. 5, &#8220;l&#8217;Arche de Moïse&#8221;), est une métaphore de l&#8217;embryon devenant foetus et voguant dans le liquide amniotique. Pour l&#8217;hébreu, le propre du mâle est d&#8217;abord de conserver et transmettre le souvenir de l’espèce, disons l’information génétique. (Voir A 37 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2010/03/28/le-propre-du-male/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Le propre du mâle</a>). Mais aussi, comme nous l&#8217;avons également vu (ch. 9, &#8220;On rira&#8221;), à propos d&#8217;Abraham levant son couteau au dessus du cou d&#8217;Isaac, le père n’est pas tant celui qui féconde la mère, que celui qui « se souvient » avoir fécondé la mère.</p>
<p>Quant à LGLGLTM, <em>Legoulgalotam</em>, c&#8217;est un drôle de mot, à la sonorité remarquable ; Chouraqui le traduit par &#8220;par crâne&#8221;. Depuis la Septante, la traduction la plus courante est &#8220;(en comptant) par tête&#8221;, traduction qui se justifie par d&#8217;autres occurrences de GLGLT, <em>Goulgalèt</em>, dans l&#8217;<em>Exode</em> et les <em>Nombres</em>, d&#8217;une part, dans les livres des <em>Juges </em> et des Rois d&#8217;autre part. Mais le verset <em>Nombres</em> 1, 2 commence par &#8220;Relevez la tête&#8221;, SAW AT-RAS, <em>Seou Ète-Rosh</em>, expression dans laquelle &#8220;tête&#8221; est RAS, <em>Rosh</em> : il ne convient pas de traduire deux mots différents par &#8220;tête&#8221; (Voir A 38 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2009/05/19/tete-et-crane/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Tête et crâne</a>). </p>
<p>Surtout trois Évangiles sur quatre explicitent la traduction de l&#8217;hébreu  <em>Golgotha</em> par « lieu du crâne », le quatrième, celui de Luc, parlant de &#8220;lieu du crâne&#8221; sans nommer le Golgotha. Cela donne au recensement du Livre des Nombres, et à son LGLGLTM, <em>Legoulgalotam</em>, des allures de Jugement Dernier. Observons cependant que &#8220;Crâne&#8221; vient du grec &#8220;κρανίον, <em>Kranion</em>&#8220;, qui, comme &#8220;corne&#8221;, &#8220;couronne&#8221; et &#8220;Kyrène&#8221;, assonne avec l&#8217;hébreu QRN, <em>Qeren</em>, &#8220;rayonner&#8221;. Le crâne, la tête, est le lieu de la pensée qui rayonne, comme lorsque nous disons plaisamment qu&#8217;un penseur &#8220;phosphore&#8221;. C&#8217;est aussi le lieu du souvenir.</p>
<p><strong>L&#8217;agneau pascal</strong></p>
<p>Après tout, si le Golgotha est, le Vendredi saint,le lieu de la Crucifixion, il est aussi proche, le dimanche de Pâques, de celui de la Résurrection. Justement Guilgal, GLGL, au début du Livre de Josué, est le lieu où, après la mort de Moïse, les Enfants d&#8217;Israël traversent le Jourdain, entrent en Terre Promise et célèbrent la première Pâque, la première fête de <em>Pessa&#8217;h</em>, commémoration de la sortie d&#8217;Egypte par leurs pères, quarante ans plus tôt. La syllabe GL, <em>Gal</em>, évoque l&#8217;idée de tourner, ou de rouler, et est associée selon le cas à des pierres qui roulent (cf notre &#8220;galet&#8221;), à des astres qui tournent, ou à l&#8217;éternel retour du temps. D&#8217;ailleurs le mot « Calcul », proche de GLGL, <em>Guilgal</em>, vient du latin <em>calculus</em>, &#8220;petit caillou&#8221;. Les petits cailloux du Petit Poucet lui permettent de retrouver ses parents. Le début du Livre de Josué accumule pierres mémorielles et calculs de durées.</p>
<p>Déjà, Moïse, l&#8217;auteur, avait indiqué que Moïse, le personnage, &#8220;<em>était âgé de cent vingt ans lorsqu’il mourut</em>&#8221; et que &#8220;<em>les enfants d’Israël pleurèrent Moïse pendant trente jours</em>&#8221; (<em>Deutéronome</em> 34, 7-8). À la suite de quoi, un nouvel auteur (Samuel ?) fait dire à Josué : &#8220;<em>Préparez-vous des provisions, car <strong>dans trois jours</strong> vous passerez ce Jourdain pour aller conquérir le pays dont YHWH votre Dieu vous donne la possession</em>&#8221; (Josué 1, 11). Puis : &#8220;<em>Le peuple sortit du Jourdain <strong>le dixième jour du premier mois</strong>, et il campa à Guilgal, à l’extrémité orientale de Jéricho</em>&#8221; (<em>idem</em> 4, 19). Là Josué dresse <strong>douze pierres</strong>, une par tribu, et dit (<em>Josué</em> 4, 21-24) :  &#8220;<em>Lorsque vos enfants demanderont un jour à leurs pères: Que signifient ces pierres? vous en instruirez vos enfants, et vous direz: Israël a passé ce Jourdain à sec. Car YHWH votre Dieu a mis à sec devant vous les eaux du Jourdain jusqu&#8217;à ce que vous eussiez passé, comme YHWH votre Dieu, l&#8217;avait fait à la mer Rouge</em>&#8220;. Au chapitre suivant, Josué décide de circoncire tous les mâles, parce que &#8220;<em> de tout le peuple né dans le désert, en chemin, aucun n&#8217;avait été circoncis </em>&#8220;.  Puis, pour que la fonction mémorielle et éducative de <em>Pessa&#8217;h</em> soit bien claire : &#8220;<em>Les enfants d’Israël campèrent à Guilgal; et ils célébrèrent la Pâque (AT-HFXE, </em>Ète-HaPessa&#8217;h<em>) le quatorzième jour du mois, au soir, dans les plaines de Jéricho</em>&#8221; (<em>idem</em> 5, 5-6, puis 9-10). </p>
<p>À partir de là la tradition juive a fixé au 7 <em>Adar</em>, dernière lune de l&#8217;hiver, l&#8217;anniversaire de la mort de Moïse. Comme il avait exactement 120 ans, le 7 <em>Adar</em> est aussi l&#8217;anniversaire de sa naissance. Le deuil de 30 jours conduit au 7 <em>Nisan</em>, première lune du printemps, puis &#8220;dans 3 jours&#8221; fixe au 10 <em>Nisan</em> la traversée du Jourdain ; la célébration de Pessa&#8217;h se faist quatre jours plus tard, le soir du 14 <em>Nisan</em>, première Pleine Lune du printemps. Dans la <em>Genèse</em>, la Sortie d&#8217;Egypte a lieu dans la nuit du 14 au 15 et elle est précédée le 10 du mois du choix de l&#8217;agneau pascal. <em>Exode</em> 12, 3-6 - Parlez à toute la communauté d&#8217;Israël pour dire: <em>Le dix de cette lunaison, qu&#8217;ils prennent, chaque homme, un agneau par maison de pères, un agneau par maison (&#8230;) et vous le tiendrez en garde jusqu&#8217;au quatorzième jour de ce mois; et toute l&#8217;assemblée (QHL, </em>Qehal<em>) de la communauté d&#8217;Israël l&#8217;égorgera entre les deux soirs.</em> C&#8217;est le sang de cet agneau, mis sur les linteaux des portes, qui permet à l&#8217;Ange de la mort de &#8220;sauter par-dessus&#8221; (FXE, <em>Pessa&#8217;h</em>, &#8220;<em>Pass-Over</em>&#8220;) les maisons des Hébreux et d&#8217;épargner leurs premiers-nés. Il y a un agneau &#8220;par maison de pères&#8221;, et non pas &#8220;par tête&#8221;, ni &#8220;par crâne&#8221;. La célébration de <em>Pessa&#8217;h</em> se fera donc par famille, comme la traversée du Jourdain s&#8217;est faite par tribu, alors que celle de la Mer Rouge s&#8217;était faite d&#8217;une seule masse (<em>Exode</em> 14, 22).</p>
<p>Avec la syllabe GL, nous avons déjà vu GLŒD, <em><em>Gal&#8217;Ed</em></em>, la butte-témoin, élevée par Jacob et Laban pour marquer leur frontière. La Galilée, GLYL, avant d&#8217;être une région particulière, est une &#8220;région&#8221;, tout court, un &#8220;cercle&#8221;. (De même, notre Provence fut d&#8217;abord une simple &#8220;province&#8221; romaine). Quant à Goliath, GLYT, il reçoit en plein front la pierre tourbillonnante lancée par la fronde de David (<em>1Samuel</em> 17, 49). GLGL, dans la langue des Psaumes et des Prophètes, finira d&#8217;ailleurs par signifier &#8220;tourbillon&#8221;. Le tourbillon, c&#8217;est ce qui se passe dans la cellule initiale, quand fusionnent, au cours de la période menstruelle de la mère, une cellule du spermatozoïde paternel avec une de l&#8217;ovaire maternel. Quelques jours plus tard, c&#8217;est la &#8220;nidation&#8221;: la cellule devenue troupe demande asile, et met le siège devant Jéricho.</p>
<p><strong>Les trompettes de Jéricho</strong></p>
<p>Josué avait été ainsi nommé par Moïse, quand celui-ci l&#8217;avait envoyé explorer le pays de Canaan (voir ch. 19 &#8220;Le Salut et le Sauveur&#8221;). Devenu le chef des Enfants d&#8217;Israël, il envoie à son tour deux espions reconnaître Jéricho (YRYEW, <em>Yéri&#8217;ho</em>), la ville fortifiée, verrou de la Terre promise (<em>Josué</em> 2). Ceux-ci sont hébergés par une prostituée (ÇWNH, <em>Zonah</em>) nommée Rahab (REB, <em>Ra&#8217;hab</em>, « large», comme on dit qu’une femme est « grosse »). Le roi de Jéricho lui demande de les lui livrer.  Au contraire, elle les fait monter sur le toit et les cache sous des tiges de lin. Autrement dit, cette femme connaît, au sens biblique bien sûr, deux hommes la même nuit. </p>
<p>Toute femme ayant eu un rapport sexuel se demande s&#8217;il a été fécond, soit qu&#8217;elle le souhaite, soit qu&#8217;elle s&#8217;en effraye. Avant de savoir si elle est ou non enceinte, en état de « grossesse », elle reste dans l&#8217;expectative, dans les mains de la Providence. Comme toute prostituée, Rahab espère ne pas attendre d&#8217;enfant, pour ne pas avoir à se demander qui est le père. Elle compte donc avec angoisse les jours de retard de ses règles. Justement les sonneries des trompettes des Hébreux qui font le tour des murailles scandent les jours ; et Rahab habite dans la muraille. Un jour, deux, trois, quatre, cinq, six, sept : le septième jour, plus de doute : toujours pas de règles : Rahab comprend <strong>qu&#8217;elle tombe enceinte quand tombe l’enceinte !</strong>.  &#8220;<em>La muraille tomba sous elle-même, et le peuple monta dans la ville, chacun devant soi, et ils prirent la ville et la détruisirent entièrement (&#8230;) Et Josué dit aux deux hommes qui avaient exploré le pays: &#8220;Entrez dans la maison de la prostituée, et faites-là sortir, comme vous le lui avez juré&#8221;. Et les espions entrèrent et firent sortir Rahab, et son père, et sa mère, et ses frères, et tous ceux qui étaient à elle</em>&#8220;. (Josué 6, 20-23)</p>
<p>Lequel des deux espions est le père ? Dans le Livre de Josué, Rahab n&#8217;a pas explicitement d&#8217;enfant et les deux espions sont anonymes. Le sort des prostituées est un sujet délicat qu&#8217;on n&#8217;explique pas aux enfants et la question ne fut débattue qu&#8217;entre commentateurs autorisés, jusqu&#8217;à l&#8217;apparition de Rahab dans la lignée messianique. Dans la liste des ancêtres du Roi David qui clôt le Livre de Ruth (4, 18-22) figure Booz (BŒÇ, <em>Bo&#8217;az</em>), celui dont Victor Hugo chantera le sommeil :<br />
<em>Booz ne savait point qu’une femme était là,<br />
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle</em>.<br />
Dans cette liste, Booz et Ruth engendrent Obed, grand-père de David; le père de Booz s&#8217;appelle Salmon (SLMWN) ; sa femme n&#8217;est pas nommée. Or dans la généalogie des trois fois quatorze générations qui ouvre l&#8217;Evangile de Matthieu, Rahab devient la mère de Booz : &#8220;<em>Salmon engendra Booz de Rahab ; Booz engendra Obed de Ruth</em>&#8221; (Matthieu 1, 5). Il faudra y revenir.</p>
<p><strong>Le soleil et la lune</strong></p>
<p>Le début du Livre de Josué parle donc de la première fête de Pessa&#8217;h, et de la première circoncision. Dans notre langage informatique, nous dirions que Josué &#8220;initialise&#8221; Pessa&#8217;h et la circoncision. Mais le Chabbat ? Moïse avait bien ordonné, par le Quatrième Commandement, de respecter le repos du septième jour, mais il n&#8217;avait pas précisé à partir de quand il fallait compter sept jours. Dans le désert, c&#8217;est la manne qui marque le rythme hebdomadaire : Exode 16, 21-23 : &#8220;<em>Tous les matins, chacun ramassait ce qu&#8217;il fallait pour sa nourriture; (&#8230;) Le sixième jour, ils ramassèrent une quantité double de nourriture (&#8230;) Et Moïse leur dit: C&#8217;est ce que l&#8217;Eternel a ordonné. Demain est le jour du repos, le Sabbat consacré à l&#8217;Eternel; (&#8230;) mettez en réserve jusqu&#8217;au matin tout ce qui restera</em>&#8221; (Voir A 39 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2010/01/26/la-manne-2/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">La manne</a>). Mais à peine le Jourdain traversé, la manne s&#8217;arrête de tomber :  <em>Josué</em> 5, 12 - <em>La manne cessa le lendemain de la Pâque, quand ils mangèrent du blé du pays; les enfants d&#8217;Israël n&#8217;eurent plus de manne, et ils mangèrent des produits du pays de Canaan cette année-là</em>. Nourri dans le ventre de sa mère, le fœtus perçoit l&#8217;intensité des activités maternelles. Sans en comprendre la signification, il est capable de distinguer le moment des préparatifs du Vendredi soir, mais une fois le cordon ombilical coupé, il perd ce repère.   </p>
<p>À la fin du <em>Tour du monde en quatre-vingt jours</em>, Phileas Fogg, de retour à Londres, croit avoir perdu. Mais Passepartout, allant organiser le mariage de son maître, s&#8217;aperçoit qu’il a en fait gagné vingt-quatre heures en accumulant les décalages horaires. Phileas Fogg se rend alors au <em>Reform Club</em>, il a gagné son pari ! La ficelle est un peu grosse ; Jules Verne s&#8217;est bien gardé de scander les jours de la semaine entre le mercredi 2 octobre et le dimanche 22 décembre 1872&#8230; Traversant l&#8217;Amérique de San-Francisco à Chicago et New-York, Phileas Fogg aurait bien dû s&#8217;apercevoir, à la date des journaux ou à la fréquentation des églises, quel jour &#8220;on était&#8221; ! </p>
<p>Vous êtes-vous jamais posé cette « colle » : quand a été initialisé le rythme hebdomadaire ? quand et où a été célébré le Premier Chabbat ? La réponse est au verset 12 du chapitre 10 du livre de Josué : &#8220;<em>Josué dit en présence d&#8217;Israël : &#8221; Soleil (SMS, <em>Shamash</em>), arrête-toi sur Gabaôn (BGBŒWN), et toi, lune (YRE, <em>Yiré&#8217;ah</em>, comparer avec YRYEW, Yeri&#8217;ho, Jéricho), sur la vallée d&#8217;Ayyalôn (AYLWN)!</em> &#8220;. Quand une troupe qui défile n&#8217;est pas au pas, on lui commande de &#8220;marquer le pas&#8221;, puis de repartir du bon pied. Il faut croire que les Amorrhéens, contre qui se battaient les Enfants d&#8217;Israël, respectaient le Chabbat, mais avec un jour de décalage ! Le verset 14 donne une preuve fondamentale de l&#8217;importance de cette bataille : &#8220;<em>Il n&#8217;y a pas eu de journée pareille, ni avant ni depuis, où YHWH ait obéi à la voix d&#8217;un homme</em>&#8220;. On ne peut pas initialiser deux fois le même cycle ! Aujourd&#8217;hui, il est universel. Personne n’a jamais modifié le rythme hebdomadaire inauguré par Josué. Non seulement toute l&#8217;humanité découpe le temps en semaines de sept jours, mais tout le monde est d&#8217;accord pour accepter le samedi des Juifs comme point de repère. Nous comptons les années depuis Jésus-Christ et les semaines depuis Josué. </p>
<p><strong>Voltaire, Abraham Heschel, Tobie Nathan</strong></p>
<p>En conclusion de ce chapitre, citons trois auteurs fort différents, dans l&#8217;ordre chronologique.</p>
<p>&#8220;<em>Les 67 questions de Zapata</em>&#8220;, de Voltaire (1767), se trouvent aujourd&#8217;hui facilement sur Internet. Voici les questions 27 à 31 :</p>
<p><em>27° Que répondrai-je à ceux qui seront étonnés qu’il ait fallu un miracle pour faire passer le Jourdain, qui, dans sa plus grande largeur, n’a pas plus de quarante-cinq pieds, qu’on pouvait si aisément franchir avec le moindre radeau, et qui était guéable en tant d’endroits, témoin les quarante-deux mille Éphraïmites égorgés à un gué de ce fleuve par leurs frères?</p>
<p>28° Que répondrai-je à ceux qui demanderont comment les murs de Jéricho tombèrent au seul son des trompettes, et pourquoi les autres villes ne tombèrent pas de même?</p>
<p>29° Comment excuserai-je l’action de la courtisane Rahab, qui trahit Jéricho sa patrie? En quoi cette trahison était-elle nécessaire, puisqu’il suffisait de sonner de la trompette pour prendre la ville? Et comment sonderai-je la profondeur des décrets divins, qui ont voulu que notre divin Sauveur Jésus-Christ naquît de cette courtisane Rahab, aussi bien que de l’inceste que Thamar commit avec Juda son beau-père, et de l’adultère de David et de Bethzabée? Tant les voies de Dieu sont incompréhensibles.</p>
<p>30° Quelle approbation pourrai-je donner à Josué, qui fit pendre trente et un roitelets, dont il usurpa les petits États, c’est-à-dire les villages?</p>
<p>31° Comment parlerai-je de la bataille de Josué contre les Amorrhéens à Béthoron sur le chemin de Gabaon? Le Seigneur fait pleuvoir du ciel de grosses pierres (</em>tiens ! encore des pierres !<em>), depuis Béthoron jusqu’à Azéca; il y a cinq lieues de Béthoron à Azéca; ainsi les Amorrhéens furent exterminés par des rochers qui tombaient du ciel pendant l’espace de cinq lieues. L’Écriture dit qu’il était midi; pourquoi donc Josué commande-t-il au soleil et à la lune de s’arrêter au milieu du ciel pour donner le temps d’achever la défaite d’une petite troupe qui était déjà exterminée? pourquoi dit-il à la lune de s’arrêter à midi? comment le soleil et la lune restèrent-ils un jour à la même place? A quel commentateur aurai-je recours pour expliquer cette vérité extraordinaire?</em></p>
<p>En 1957 parut aux Éditions de Minuit un petit livre intitulé &#8220;<em>Les Bâtisseurs du Temps</em>&#8220;, par le rabbin, philosophe et poète Abraham Heschel (Varsovie 1907 - New York 1972). En voici les dernières lignes : </p>
<p>&#8220;<em>Il est peu d&#8217;idées au monde aussi chargées de force spirituelle que l&#8217;idée du Sabbat. Dans bien des siècles, lorsque de toutes nos théories ne subsisteront plus même les traces, la splendeur du Sabbat illuminera encore l&#8217;univers. L&#8217;éternité donne naissance au Jour</em>&#8220;.</p>
<p>Le psychanaliste Tobie Nathan, dans <em>Information Juive</em>, octobre 2012, p. 33, déclare :<br />
<em>La plus belle invention des Juifs est leur calendrier.<br />
Le découpage de la semaine, d&#8217;abord, en sept jours - six d&#8217;un côté, un septième de l&#8217;autre - est une création d&#8217;une puissance inouïe. Elle a non seulement tapissé notre monde intérieur, constituant la membrane qui nous permet d&#8217;intérioriser la perception du temps et de percevoir les moments, mais elle a, de plus, été intégrée par la majorité des peuples de la planète. Qui prête attention au fait que lorsqu&#8217;on dit « samedi », en français, en espagnol, en italien, par exemple, on rappelle que, selon l&#8217;étymologie, c&#8217;est le jour du &#8220;shabbat&#8221;, tout comme en arabe, puisqu&#8217;on dit carrément &#8220;yom el sabt&#8221;, &#8220;le jour du shabbat&#8221;.</p>
<p>La scansion du temps, ensuite, rythmée par les rites que l&#8217;on doit à Dieu - j&#8217;ai connu des mondes ou cette scansion ne résultait que de l&#8217;activité des hommes, ; des mondes où l&#8217;on disait par exemple : &#8220;le jour de marché au village A, le jour de marché au village B&#8221; , etc.- seule possibilité de donner du sel à la vie est une création juive. Et comme toutes les trouvailles utiles, elle a été adoptée par le monde entier.</em></p>
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		<title>20. Passage en revue</title>
		<link>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/02/24/20-passage-en-revue/</link>
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		<pubDate>Fri, 24 Feb 2012 17:29:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[La Révélation]]></category>

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		<description><![CDATA[Le commandement du recensement, énoncé en Exode 30, 11-16, et appliqué tout au long du Livre des Nombres, est d&#8217;une importance capitale, largement méconnue.
&#8220;Quand tu feras le relevé des enfants d&#8217;Israël pour les recenser…&#8221;  , chaque recensé, &#8220;dès vingt ans et au dessus &#8220;, riche ou pauvre, devra s&#8217;acquitter d&#8217;un signe monétaire identique, le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le commandement du recensement, énoncé en <em>Exode</em> 30, 11-16, et appliqué tout au long du Livre des <em>Nombres</em>, est d&#8217;une importance capitale, largement méconnue.</p>
<p><span id="more-723"></span>&#8220;<em>Quand tu feras le relevé des enfants d&#8217;Israël pour les recenser…</em>&#8221;  , chaque recensé, &#8220;<em>dès vingt ans et au dessus</em> &#8220;, riche ou pauvre, devra s&#8217;acquitter d&#8217;un signe monétaire identique, le &#8220;<em>demi-shéqel</em>&#8221; (SQL)&#8221;, le demi-sicle. Cette règle induit une égalité absolue entre tous les individus recensés. Comme on ne peut additionner, décompter que des semblables et que tous les hommes sont différents, ce seront les piécettes qui seront comptées, et non les individus. Quand vient le décompte de la somme récoltée, au verset <em>Exode </em>38, 26, il est dit que 603 550 demi-sicles ont été déposés par le peuple, résultat du recensement du désert, répété exactement en <em>Nombres</em> 1,46 et 2, 32. Dans un recensement moderne, ce sont de même les formulaires remplis par les recensés qui sont comptés, formulaires dûment homologués par la loi. Se faire recenser n&#8217;est pas un acte passif, c&#8217;est un acte libre et volontaire. Nul ne peut être recensé à son insu. </p>
<p>C&#8217;est aussi un acte identitaire. Ne pas se faire recenser, ne pas verser le demi-sheqel, c&#8217;est renoncer à sa qualité d&#8217;Enfant d&#8217;Israël. Il y a là un des fondements de l&#8217;histoire juive. Le verset 16 précise que les sommes collectées sont destinées &#8220;au service de la tente du témoignage&#8221;, ŒBDT AHL MWŒD, <em>&#8216;Avodat Ohèl Mo&#8217;Ed</em>. Dans le désert, il s&#8217;agit du sanctuaire, mobile et portatif. Mais une fois le Temple construit à Jérusalem, puis reconstruit par Ezra et Néhémie, l&#8217;acheminement de redevances pour l&#8217;entretien du Temple, pour assurer la continuité des sacrifices qui y sont offerts, sera considéré par tout Juif, où qu&#8217;il réside, comme un devoir sacré. Ce qui aura pour redoutables conséquences d&#8217;accumuler des richesses à Jérusalem, donc d&#8217;y susciter d&#8217;inévitables convoitises, intérieures et extérieures, et aussi de faire des communautés juives des relais spécialisés dans la circulation des fonds (à vrai dire à sens unique), enfin d&#8217;enraciner un stéréotype inusable, associant le peuple juif au maniement de l&#8217;or et de l&#8217;argent.  </p>
<p><strong>Cicéron et le lobby juif</strong></p>
<p>En l&#8217;an 63 avant l&#8217;ère chrétienne, Cicéron étant consul, Pompée prend Jérusalem après un siège de trois mois ; il profane le Temple mais se garde de le piller, prenant parti pour le prince hasmonéen Hyrcan II contre son frère Aristobule. Quatre ans plus tard, le prêteur de la province d&#8217;Asie, Lucius Valerius Flaccus, est accusé de détournements et extorsions de fonds par plusieurs villes grecques ; les Juifs de Rome, saisis par ceux d&#8217;Alexandrie, se joignent à la plainte. L&#8217;avocat de Flaccus n&#8217;est autre que Cicéron. Dans son plaidoyer &#8220;<em>pro Flacco</em>&#8220;, il dénonce alors ce qu&#8217;il appellerait aujourd&#8217;hui le &#8220;lobby juif&#8221;, dirigé par un certain Lélius :<br />
 &#8220;<em>(&#8230;) Vient ensuite l&#8217;or des Juifs, et cette imputation si odieuse. Voilà, sans doute, pourquoi cette cause est plaidée auprès des degrés auréliens; c&#8217;est pour ce chef d&#8217;accusation, Lélius, que vous avez choisi ce lieu et cette foule de Juifs qui nous entourent. Vous savez quel est leur nombre, leur union, leur pouvoir dans nos assemblées. Je parlerai bas, de manière à n&#8217;être entendu que des juges. Comme il ne manque pas de gens qui animent contre moi et contre les meilleurs citoyens ceux que vous protégez, je ne veux pas fournir ici de nouvelles armes à leur malveillance.</p>
<p>C&#8217;était la coutume de transporter tous les ans de l&#8217;Italie, et de toutes les provinces, à Jérusalem, de l&#8217;or amassé par les Juifs; un édit de Flaccus défendit cette exportation aux Asiatiques. Qui pourrait, juges, ne pas approuver une telle mesure? Le Sénat, par les décrets les plus sévères, avant et sous mon consulat, défendit de transporter de l&#8217;or. Il y avait de la sagesse à rompre le cours d&#8217;une superstition barbare; de la fermeté à braver, pour le bien de la république, cette multitude de Juifs, qui troublent quelquefois nos assemblées. Mais, dit-on, Pompée, vainqueur et maître de Jérusalem, n&#8217;a touché à rien dans le temple. C&#8217;est de sa part, entre mille autres, un trait de prudence, de n&#8217;avoir point donné lieu aux discours de la calomnie dans une ville aussi soupçonneuse et aussi médisante. Car ce n&#8217;est pas, je crois, la religion des Juifs, d&#8217;un peuple ennemi, mais sa propre modération, qui a retenu cet illustre général. Où donc est ici le délit? Vous ne nous reprochez aucun vol; vous ne pouvez condamner l&#8217;ordonnance de Flaccus; vous convenez que le Sénat a prononcé, qu&#8217;un jugement a été rendu, que cet or a été recherché et produit au grand jour. (&#8230;) Enfin, on sait le compte de l&#8217;or; il a été versé dans le trésor public. On ne nous reproche pas de vol, on cherche à nous rendre odieux; on se tourne vers le peuple, on déclame avec affectation du côté de la multitude qui environne le tribunal. </p>
<p>Chaque ville a son culte, Lélius; nous avons le nôtre. Lorsque les Juifs étaient en paix avec nous, et Jérusalem florissante, nous trouvions cependant les cérémonies de leurs sacrifices trop peu dignes de la majesté de notre empire, de la splendeur de notre nom, des institutions de nos ancêtres: elles le sont encore plus à présent que cette nation a fait connaître, en nous faisant la guerre, ses sentiments pour la république; et que les dieux immortels, en permettant qu&#8217;elle fût vaincue et tributaire, ont montré leur sollicitude pour elle ! (&#8230;) </em>&#8220;.</p>
<p>Cinq ans après, en - 54, le troisième homme du triumvirat formé avec César et Pompée, Marcus Licinius Crassus, déjà riche à millions, partant en expédition contre les Parthes, n&#8217;a pas la prudence de Pompée et pille sans vergogne le trésor du Temple. Flavius Josèphe, qui en rend compte plus d&#8217;un siècle plus tard, après la destruction définitive du Second Temple par Titus, se sent obligé d&#8217;expliquer : &#8220; (&#8230;) <em>Il ne faut pas s&#8217;étonner qu&#8217;il y eût tant de richesse dans notre Temple ; tous les Juifs de la terre et tous ceux qui honorent notre Dieu, aussi bien en Asie qu&#8217;en Europe, contribuaient depuis longtemps à l&#8217;enrichir. Et les témoins ne manquent pas pour affirmer l&#8217;importance de ces richesses</em> (&#8230;)&#8221;.</p>
<p><strong>Taxer et mobiliser</strong></p>
<p>Revenons au texte d&#8217;<em>Exode</em> 30. Il précise : « <em>Chaque homme donnera le rachat de sa personne à YHWH quand Il les recensera. Il n’y aura pas contre eux de fléau quand Il les recensera.</em>  » Toute interpellation par l’autorité - Vos papiers ! - crée une inquiétude, « qu’est-ce que j’ai fait, qu’est-ce que je risque ? », inquiétude qui doit être apaisée. « Rachat », c&#8217;est en hébreu KFR, <em>Kophèr</em>, de la même racine que <em>Kippour</em> (le <em>Pé</em>, que nous transcrivons F, se prononce P ou F selon les cas). Le demi-sheqel est une sorte d’amende qui permet à chaque recensé « de se mettre en règle ». Toute taxation, qu&#8217;on le veuille ou non, est ressentie comme une punition.</p>
<p>L&#8217;application des prescriptions de <em>Exode</em> 30 se fait au Quatrième Livre de Moïse, qui s&#8217;appelle en grec &#8220;Livre des <em>Nombres</em>&#8220;, parce que les dénombrements des Enfants d’Israël y tiennent une place prépondérante. En hébreu, ce livre est nommé <em>Bemidbar</em>, d’après le cinquième mot du premier verset, BMDBR, « dans le désert », qui fait allitération avec le premier mot, WYDBR, « Et Il parla » : <em>VayeDabèr Adonaï El-Moché BeMidbar Sinaï</em>,  &#8220;Et Il parla, l’Eternel, à Moïse dans le désert de Sinaï&#8221;. MDBR, <em>Midbar</em>, désert, est formé avec le préfixe <em>Mi</em>, qui dénote l’origine, et DBR, <em>Daber</em>, parler : le désert, c’est le lieu d’où rayonne le Verbe, la Parole ; y sont recensés les Enfants d’Israël  - et personne d’autre - &#8220;par la parole&#8221;. Le recensement biblique est &#8220;déclaratif&#8221;, comme on dit aujourd&#8217;hui qu&#8217;un impôt est déclaratif, quand son assiette est évaluée selon la déclaration du contribuable.</p>
<p>Que dit l’Éternel ? Deuxième verset : &#8220;<em>Relevez la tête de toute la réunion des Enfants d’Israël, par familles, par la maison de leurs pères, par le nombre des noms, tous les mâles, par crâne, depuis l’âge de vingt ans et au-dessus, tous ceux d’Israël en état de porter les armes</em>&#8220;. Le dénombrement distingue les familles et les tribus, et fait explicitement référence à une armée. La suite du texte précise : &#8220;<em>vous en ferez le dénombrement selon leurs divisions, toi et Aaron. Il y aura avec vous un homme par tribu, chef de la maison de ses pères. Voici les noms des hommes qui se tiendront avec vous. Pour Ruben: Elitsur ben Schedéur; pour Siméon: Schlumiel ben Tsurischaddaï</em>&#8221; … et ainsi de suite. <em>Beney Israel</em>, les Fils d’Israël. L’identité inclut la tribu d’origine et la filiation paternelle. Les individus sont nommés sous la forme complète &#8220;X fils de Y&#8221;. La &#8220;conscription&#8221; des fils est le préalable nécessaire à leur éventuelle mobilisation. </p>
<p>L’expression traduite plus haut par « par le nombre des noms » est en en hébreu &#8220;<em>Bemispar Chemot</em>&#8220;, BMXFR SMWT. <em>Chemot</em>, ce sont « les noms », pluriel de <em>Chem</em>, Nom. <em> Bemispar</em> est formé sur la racine XFR, avec un « Samekh » transcrit ici par X. <em>Sefer</em>, par l’arabe interposé, a donné en français « chiffre », et donc « chiffrer » et « déchiffrer ». <em>Bemispar Chemot</em>, c’est « en dé-chiffrant, en &#8220;é-numérant&#8221; les noms » : les résultats contiennent d&#8217;interminables et fastidieuses listes nominatives. Les lévites, membres de la tribu de Lévi, chargés du service du sanctuaire, sont chargés de recenser les autres tribus, et sont recensés à part. </p>
<p>Recenser, dénombrer, énumérer, taxer, mobiliser&#8230; Quel est le verbe hébreu qui couvre tous ces sens ?</p>
<p><strong>Inspection ou visite</strong></p>
<p>Le verbe qu&#8217;on traduit dans les <em>Nombres</em> par « recenser » est en hébreu <em>paqad</em> FQD (Voir A 35 <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2010/10/18/intervention-divine/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Intervention divine</a>). À ce propos, les traducteurs de la Septante grecque () écrivent :<br />
« <em> La Bible évoque une notion religieuse bien spécifique, celle de l&#8217;intervention de Dieu auprès des hommes pour les secourir ou les châtier. Cette idée est rendue en hébreu par le verbe </em>paqad<em>, « inspecter, visiter », et le nom </em>peqouddah<em>, « inspection, visite » qui servent aussi dans le langage militaire pour l&#8217;inspection d&#8217;une armée : les interventions de Dieu sont assimilées à une inspection ; en tant qu&#8217;il est le Dieu d&#8217;Israël, il passe en revue son peuple ; de la même façon, il « inspecte » chaque homme - pour examiner son sort. (&#8230; Quant à la &#8220;visite&#8221;, c&#8217;est) un &#8220;biblisme&#8221; que l&#8217;on peut justifier, par exemple, par comparaison avec l&#8217;usage du mot &#8220;visite&#8221; pour parler d&#8217;un médecin qui vient examiner son malade </em>.</p>
<p>À tous les verbes cités s&#8217;ajoutent donc ceux d&#8217;&#8221;inspecter&#8221; et de &#8220;visiter&#8221; et celui plus général d&#8217;&#8221;intervenir&#8221;, l&#8217;important étant d&#8217;une part que le sujet de tous ces verbes est Dieu Lui-même, d&#8217;autre part que l&#8217;action décrite par le verbe comporte plusieurs phases, chacune impliquant le souvenir de la précédente.  Ainsi la première occurrence de FQD, <em>paqad</em>, est en <em>Genèse</em> 21, 1, et concerne la conception d’Isaac par sa mère Sarah : « <em>Et YHWH visita (</em>paqad<em>) Sarah comme il avait dit, et YHWH fit à Sarah comme il en avait parlé (</em>CaAchère Dibèr<em> KASR DBR). Et Sarah conçut, et enfanta à Abraham un fils dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé. (</em>Achère Dibèr<em>, ASR DBR) </em>». Il faut imaginer l’Éternel, Qui Se souvient d&#8217;abord de l&#8217;Annonciation à Abraham et Sarah, faite au chapitre 18, puis Qui descend dans le giron de Sarah, Qui « passe en revue » l’infinité de combinaisons possibles de chromosomes, et Qui choisit la seule, l’unique, qui formera l’embryon de l’enfant à naître et lui donnera son nom, en l’occurrence Isaac, &#8220;On rira&#8221;&#8230; Au passage, notons que Dieu, choisissant un seul enfant parmi tous les possibles, &#8220;massacre&#8221; tous les autres.</p>
<p>Une autre occurrence de <em>paqad</em>, redoublée, est en <em>Exode</em> 3, 16, dans la scène du &#8220;Buisson ardent&#8221;: &#8220;<em>Va, et assemble les anciens d’Israël, et dis-leur: YHWH, le Dieu (&#8217;ALHY, <em>Elohéy</em>) de vos pères, m’est apparu, le Dieu d’Abraham, d’Isaac, et de Jacob, disant: Je vous ai visités et j’ai vu (FQD FQDTY, </em>Paqod Paqadeti<em>) ce qu’on vous fait en Egypte</em>&#8220;. Traduction Chouraqui : &#8220;Je vous ai sanctionnés, sanctionnés, vous et ce qui se fait en Misraîm&#8221;. Voilà donc une autre signification : &#8220;sanctionner&#8221;. Une sanction, en français, est en général une punition, mais peut ne pas l&#8217;être : &#8220;Ses efforts ont été sanctionnés par un diplôme&#8221;. Une sanction est le résultat d&#8217;une action antérieure, ce que traduit aussi le redoublement de <em>paqod</em>, ici et dans plusieurs autres occurrences. </p>
<p>Et le grec ? Comment les traducteurs de la <em>Septante</em> ont-ils traduit ce verbe polysémique ? Relisons l&#8217;équipe de Marguerite Harl : &#8220;<em>Les traducteurs du Pentateuque n&#8217;ont eu aucun mal pour décalquer ce lexique hébreu en grec : ils ont développé une famille de mots (autour de) </em>épiskopos<em> (le gardien, <strong>celui qui surveille</strong>, attesté depuis Homère), </em>episkepsis<em> (inspection, enquête, passage en revue d&#8217;une armée, recensement d&#8217;un peuple), et </em>episkopé<em> de même sens, (&#8230;) utilisé notamment pour reproduire le tour intensif de l&#8217;hébreu « inspecter par une inspection »</em>. (&#8230;). Genèse 21, 1 : καὶ κύριος ἐπεσκέψατο τὴν σαρραν&#8230; <em>Episkopos</em>, d&#8217;où épiscopal ! L&#8217;autorité épiscopale, c&#8217;est celle qui &#8220;sur-veille&#8221;, qui &#8220;super-vise&#8221; (Voir A 36 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2012/02/26/visite-episcopale/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Visite épiscopale</a>). Qui super-visite ? Quand Dieu &#8220;visite Sarah&#8221;, celle-ci ne tombe pas seulement enceinte ; elle tombe enceinte d&#8217;un enfant légitime ! Ce va être la fonction de la hiérarchie &#8220;épiscopale&#8221; que de surveiller la légitimité des naissances, donc la moralité publique.  La même racine latine de &#8220;census&#8221;, comme le FQD <em>paqad</em> hébreu, couvre à la fois le &#8220;recensement&#8221;, le suffrage &#8220;censitaire&#8221; et le pouvoir de &#8220;censurer&#8221;. L&#8217;évêque, dans l&#8217;Empire romain en voie de christianisation, prendra progressivement la place du &#8220;censeur&#8221; de la république romaine (2).  </p>
<p><strong>Perversion de la parole</strong></p>
<p>Le pouvoir féodal tend à considérer ses sujets comme &#8220;taillables et corvéables à merci&#8221;, et a besoin de les compter pour estimer le revenu des impôts et le nombre des soldats. La Bible raconte comment (<em>2Samuel</em>, 24) l’Eternel tend un piège au Roi David en lui demandant de compter Israël et Juda. David y tombe à pieds joints. Il ne respecte aucune des formes prescrites à Moïse ; il délègue l’affaire au général en chef, Joab, qui proteste, puis s’exécute avec ses lieutenants, qui comptent les habitants comme ils le feraient d’un troupeau de bétail. Verset 8 : &#8220;<em>Et ils parcoururent tout le pays, et revinrent à Jérusalem au bout de neuf mois et vingt jours</em>&#8220;. Un temps un peu plus long que celui d’une grossesse de neuf mois et d’une circoncision au huitième jour. C&#8217;est la seule mention dans toute la Bible hébraïque de la durée de neuf mois. Joab et ses soldats parcourant Israël et Juda évoquent l&#8217;Éternel examinant tout au long de la grossesse les caractéristiques de l&#8217;enfant à naître, en l&#8217;occurrence son lieu de naissance.</p>
<p>Le résultat tient dans le demi-verset 9 : &#8220;<em>Il y a en Israël huit cent mille hommes de guerre tirant le glaive, et en Juda cinq cent mille hommes</em>&#8220;. Cette formulation &#8220;à la louche&#8221; n&#8217;a aucun sens. Comment distinguer la population d’Israël de celle de Juda ? Aucune frontière n’a jamais été dressée, le schisme politique sera postérieur à Salomon, fils de David. La distinction est-elle entre les 800 000 hommes de guerre tirant le glaive, c’est à dire les militaires, et les 500 000 civils, entre 800 000 Israéliens réservistes de <em>Tsahal</em> et 500 000 Juifs ? On voit l’absurdité : les militaires sont des civils en armes, et aucun Juif mobilisé, dans <em>Tsahal</em> comme dans toute autre armée, n’a cessé d’être juif. Juda, <em>Yehoudah</em>, d’où vient <em>Yehoudi</em>, juif, s’écrit YHWDH, formé sur le Tétragramme YHWH. Le nom d’Israël renvoie à <em>Elohim</em>. Distinguer <em>Adonaï</em>ï et <em>Elohim</em>, c’est blasphématoire, <em>Adonaï</em> et <em>Elohim</em> ne font qu’Un. </p>
<p>David comprend qu&#8217;il est en train de tout mélanger. Verset 10 &#8220;<em>Et il dit à l’Eternel: J’ai commis un grand péché en faisant cela! Maintenant, ô Eternel, daigne pardonner l’iniquité de ton serviteur, car j’ai complètement agi en &#8220;insensé&#8221;"</em>. Mais l’Éternel n’excuse rien. David encourt un châtiment, au choix : &#8220;<em>Veux-tu sept années de famine dans ton pays, ou trois mois de fuite devant tes ennemis qui te poursuivront, ou trois jours de peste dans ton pays ?</em>&#8220;. Une nation qui pratique des discriminations religieuses s’expose à des désastres économiques, militaires, sanitaires. David choisit le fléau le plus court, précisément la peste : les résultats du recensement deviennent faux : le fléau retranche, “<em>de Dan à Beershéba, 70 000 hommes</em>“. On ne connaît évidemment pas le détail, la peste ne fait pas de distinction entre Israël et Juda. En hébreu, le mot « peste » est <em>Dévèr</em>, qui s’écrit DBR, comme la Parole. Cette peste-là est une perversion de la parole, comme lorsqu’on qualifie de « peste brune » le nazisme, qui a emporté six millions de victimes qualifiées de <em>Jud</em>, leurs six millions de mémoires soient six millions de bénédictions.</p>
<p>Mais la Miséricorde divine s’en mêle. Verset 16 : <em>Comme l’ange étendait la main sur Jérusalem pour la détruire, l’Eternel se repentit de ce mal, et il dit à l’ange exterminateur : « Assez! Retire maintenant ta main »</em>. A cet endroit, là où le fléau s’arrête, David achète un emplacement et y place un autel. C’est là où, selon <em>2Chroniques</em>, 3, 1, Salomon, fils de David, construira le Temple. Et c’est là aussi où Abraham avait failli sacrifier Isaac, avant que précisément l’ange n’interpelle Abraham en des termes semblables : « Abraham ! ne lance pas ta main sur le jeune homme » (<em>Genèse</em> 22, 11-12). Autre lien avec Abraham : David achète l’emplacement de l’autel, comme Abraham avait acheté la grotte de Makhpéla pour y enterrer Sarah.</p>
<p>David a cru possible de ne pas demander leur identité à ses sujets, et voilà qu’il installe l’embryon de l’institution fondamentale de tout État : une capitale, où siègeront ceux qui assureront l’unité d’Israël et de Juda, les Juges, les Prêtres, les Militaires. Se justifie ainsi la comparaison d&#8217;Abraham allant sacrifier son fils à un père allant déclarer son fils à l’état-civil, et acceptant ainsi – sacrifice virtuel - qu’il puisse un jour « mourir pour la patrie ». Quand l&#8217;Éternel a &#8220;visité&#8221; votre mère, Il a fait en sorte d&#8217;éliminer toutes les combinaisons de chromosomes autres que l&#8217;unique qui allait vous donner naissance. Quand Il a déterminé votre identité, qui inclut celles de votre père et de votre mère, ainsi que vos date et lieu de naissance, Il a écarté systématiquement toutes les autres possibilités, tout comme Pharaon l&#8217;a fait en exterminant les petits garçons hébreux, sauf Moïse, et Hérode en exterminant les Innocents de moins de deux ans, sauf Jésus-Christ. </p>
<p>Ce sera une longue histoire avant que l&#8217;État de droit n&#8217;hérite de ces privilèges, recensement, fiscalité, conscription, état civil&#8230; toutes institutions dont il détient aujourd&#8217;hui le monopole légitime. </p>
<p>(1) “<em>ouvrage cité</em>” Glossaire, “Visite”, p. 860</p>
<p>(2) Les dictionnaires étymologiques ne sont pas clairs sur le passage de <em>episkopos</em> à &#8220;évêque&#8221;. Il semble que <em>episcopus</em>, passé en latin, ait été raccourci en <em>episcu</em>, sans doute prononcé <em>efiscou</em>puis devenu <em>evesque</em>. Il n&#8217;est pas exclu qu&#8217;il y ait eu une attraction par <em>fiscus</em>, &#8220;petit panier&#8221; en latin, qui a pris dès l&#8217;Empire Romain le sens de &#8220;Trésor impérial&#8221;, et a donné <em>fisc</em> et <em>fiscalité</em>.</p>
<p><a href="http://www.hemmelel.fr/blog/2012/03/09/21-batisseurs-du-temps/">À suivre</a></p>
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		<title>19. Le Salut et le Sauveur</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Feb 2012 21:14:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[La Révélation]]></category>

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		<description><![CDATA[Il vient un moment pour tout auteur, et Moïse en était un, où l&#8217;œuvre étant jugée satisfaisante, il convient de la garder en l&#8217;état et de la soumettre à des tiers. Cela s’appelle aujourd’hui «sauvegarder un fichier, to save a file». 
Il ne s’agit pas seulement de conserver un travail achevé - texte, programme, image&#8230; [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il vient un moment pour tout auteur, et Moïse en était un, où l&#8217;œuvre étant jugée satisfaisante, il convient de la garder en l&#8217;état et de la soumettre à des tiers. Cela s’appelle aujourd’hui «sauvegarder un fichier, <em>to save a file</em>». </p>
<p><span id="more-721"></span>Il ne s’agit pas seulement de conserver un travail achevé - texte, programme, image&#8230; - il s’agit aussi de le privilégier entre tous les brouillons, essais, tentatives et tâtonnements qui n’ont pas été retenus, en espérant qu’au moins un lecteur, utilisateur ou spectateur en prendra connaissance. Il ne suffit pas d’avoir écrit un message. Et l’avoir envoyé, “bouteille à la mer”. Encore faut-il qu’il soit ouvert et lu. Élu.</p>
<p><strong>Salut individuel et collectif</strong></p>
<p>Notre première cellule contient un assortiment des gènes de notre père et de notre mère, sauvegardé par le Hasard, béni soit-Il, à la suite d’une course folle de milliers de spermatozoïdes, dont le plus rapide gagne le privilège de féconder l&#8217;ovule maternel. Après les Frères Jacques (<em>Les trois cents millions</em>) et Woody Allen (<em>Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander</em>), Jean-Jacques Goldman a chanté cette course dans &#8220;<em>Bonne idée</em>&#8221; :<br />
<em>Qu&#8217;importe si j&#8217;ai gagné la course, et parmi des milliers<br />
Nous avons tous été vainqueurs même le dernier des derniers<br />
Une fois au moins les meilleurs, nous qui sommes nés.</em></p>
<p>À peine sortis d&#8217;Egypte, les Enfants d&#8217;Israël se retrouvent coincés, face à la Mer, avec la cavalerie de Pharaon à leurs trousses. Ils se plaignent à Moïse avec véhémence   : &#8220;<em>Pourquoi nous as-tu fait sortir ? Nous aurions préféré servir les Egyptiens plutôt que mourir au désert ! </em> À quoi Moïse répond : &#8220;<em>Ne craignez rien, restez en place, et regardez le salut (AT-YSWŒT </em>Ète-Yeshou&#8217;at<em>) que YHWH va vous accorder en ce jour</em> (<em>Exode</em> 14, 12-13). Là-dessus, Moïse lève son bâton, la Mer s&#8217;ouvre, Israël passe à pied sec, la Mer se referme, l&#8217;armée de Pharaon est engloutie. &#8220;<em>Alors Moïse et les enfants d&#8217;Israël chantèrent ce cantique à YHWH. Ils dirent: Je chanterai à YHWH, (&#8230;) Il est pour moi le salut (WYHY-LY LYSWŒH, </em>Vayehi-Ly LiYeshou&#8217;a)&#8221; (<em>Exode</em> 15, 1-2). </p>
<p>Le &#8220;salut&#8221;, c&#8217;est en français le fait d&#8217;être sauvé. Ici, le salut, YSWŒ, <em>Yeshu&#8217;a</em>, est à la fois individuel (Il est &#8220;pour moi&#8221; le salut) et collectif : tous les Enfants d&#8217;Israël entonnent le cantique. On retrouve cette signification de &#8220;<em>to save</em>&#8221; dans le &#8220;<em>God save the King (Queen)</em>&#8221; britannique. Un membre d&#8217;une entité transcendante sait que non seulement son existence personnelle, mais aussi la trace qu&#8217;il laissera, dépendent de la sauvegarde de cette entité. Quand nous nous exclamons &#8220;Vive la République !&#8221;, c&#8217;est que non seulement la stabilité de notre existence actuelle, mais aussi la bonne administration de notre parentèle et de nos biens après notre mort dépendent de la pérennité des institutions de la Républque. </p>
<p>Au passage, notons que &#8220;chanter le cantique&#8221;, YSYR AT-HSYRH, <em>Yashir Ète-HaShirah</em>, assonne avec YSRAL, Israël. Comme déjà vu, Israël, ce n&#8217;est pas seulement celui qui lutte avec Dieu, c&#8217;est aussi celui qui chante avec, ou pour, Dieu.</p>
<p><strong>La guerre contre Amaleq</strong></p>
<p>Un peu plus loin, en <em>Exode</em> 17, alors qu&#8217;Israël chemine vers le Sinaï, Amaleq (ŒMLQ) l&#8217;attaque sans aucune raison.  Apparaît alors le personnage de Josué, YHWSŒ, <em>Yehochou&#8217;a</em> : &#8220;<em>Alors Moïse dit à Josué: Choisis-nous des hommes, sors, et combats &#8216;Amaleq; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, la verge de Dieu dans ma main. Josué fit ce que lui avait dit Moïse, pour combattre Amaleq. Et Moïse, Aaron et Hur montèrent au sommet de la colline. Lorsque Moïse élevait sa main, Israël était le plus fort; et lorsqu&#8217;il baissait sa main, Amaleq était le plus fort. Les mains de Moïse étant fatiguées, ils prirent une pierre qu&#8217;ils placèrent sous lui, et il s&#8217;assit dessus. Aaron et Hur soutenaient ses mains, l&#8217;un d&#8217;un côté, l&#8217;autre de l&#8217;autre; et ses mains restèrent fermes jusqu&#8217;au coucher du soleil. Et Josué vainquit Amaleq et son peuple, au tranchant de l&#8217;épée</em>&#8221; (<em>Exode</em> 17, 9-13). </p>
<p>Contre l&#8217;hostilité des forces naturelles, le salut vient à celui, individu ou peuple, qui ne renonce pas, qui ne baisse pas les bras. Face aux multiples dangers qui assaillent l&#8217;embryon puis le foetus, beaucoup succombent. Si vous êtes là, c&#8217;est que vous y avez échappé. &#8220;<em>L&#8217;Eternel dit à Moïse: &#8220;Ecris cela pour t&#8217;en souvenir (ÇKRWN, <em>Zikharone</em>) dans le livre (BXFR, <em>BaSefer</em>), et déclare à Josué que j&#8217;effacerai le souvenir (ÇKR, <em>Zékhèr</em>)  d&#8217;Amaleq de dessous les cieux. Moïse (&#8230;) dit: Parce que la main a été levée sur le trône de YHWH, il y aura guerre de YHWH contre Amaleq, de génération en génération</em>&#8221; (MDR DR, <em>MiDor Dor</em>)&#8221;. Chaque nouvelle conception humaine est soumise aux mêmes dangers, mais chaque naissance vivante témoigne de la victoire d&#8217;une force transcendante. C&#8217;est le mérite d&#8217;Israël de répandre l&#8217;habitude de la noter dans un livre, de l&#8217;&#8221;enregistrer&#8221;.</p>
<p>Dans la version grecque de la Septante, Josué est transcrit ἰησοῦς, comme Jésus. Dans l’édition dirigée par Cécile Dogniez et Marguerite Harl (1), deux notes p. 731-732 précisent : « <em>Il n’y a pas de raison de distinguer en français ce qui est dit de la même manière dans la Septante et dans le Nouveau Testament, puisque c’est le même nom pour les deux personnages. Les Pères ne manqueront pas d’utiliser cette homonymie: c’est « Jésus [Christ]&#8221; qui assurera la victoire finale sur Amaleq. (&#8230;) Le geste de Moïse illustre pour la tradition juive le pouvoir de la prière et, pour les chrétiens, la puissance de la croix figurée par l&#8217;extension des bras de Moïse</em>&#8220;.</p>
<p><strong>Les explorateurs</strong></p>
<p>Au chapitre 13 du livre des <em>Nombres</em>, Moïse choisit douze explorateurs, un par tribu, chargés de reconnaître le pays de Canaan. Au verset 16, il ajoute un <em>Yod</em> initial au nom de HWSŒ, <em>Hoché&#8217;a</em>, fils de <em>Noun</em>, transcrit en général par &#8220;Osée&#8221;, et qui signifie « Sauvé » ; le nom devient alors YHWSŒ, <em>Yehochou&#8217;a</em>, Josué, « il sauvera », ce qui transforme ce &#8220;Sauvé&#8221; en un possible Sauveur. Abram et Saraï étaient devenus Abraham et Sarah en devenant de futurs parents, Jacob était devenu Israël en passant du statut de fils à celui d&#8217;ancêtre, Osée devient Josué en partant découvrir le pays dont il fera la conquête. Tout fils a vocation à devenir père, tout lieutenant commandant, tout donataire donateur. </p>
<p><em>Noun</em>, ce fut d&#8217;abord &#8220;l’Océan primordial&#8221;, la &#8220;soupe primitive&#8221;, dans le panthéon de l’Égypte antique. C&#8217;est devenu la quatorzième lettre de l’alphabet hébreu (N est toujours la quatorzième lettre de notre alphabet). Or quatorze, c&#8217;est le nombre de morceaux du corps d&#8217;Osiris, que disperse le méchant Seth, son frère, et que recherche Isis, leur sœur ; elle les retrouve un par un et reconstitue son frère qui renaît à la vie…  Quatorze, la double semaine, c&#8217;est le nombre de jours qui séparent la Nouvelle Lune de la Pleine Lune ; quatorze jours et quatorze morceaux pour former un dieu à l’image de l’homme, et non à tête de babouin, de crocodile ou de faucon.  Moïse s&#8217;en souvient en décidant que  &#8220;<em>le premier mois, le quatorzième jour du mois, au soir</em>&#8221; (<em>Exode</em> 12, 18), était le jour de <em>Pessa&#8217;h</em>, de la Sortie d&#8217;Egypte des Enfants d&#8217;Israël. Et en décidant que Josué était &#8220;fils de <em>Noun</em>&#8220;, il le faisait présider à ce mystère suprême, à ce miracle de l&#8221;Incarnation&#8221;, dont chacun de nous est issu, la fécondation de chaque mère par chaque père. Josué devenait ainsi symétrique de <em>Efrone</em>, ŒFRWN, le fils de <em>&#8216;Het</em>, qui préside à l&#8217;Inhumation, <em>Noun</em>, quatorzième lettre, et <em>&#8216;Het</em>, huitième, étant les deux lettres qui, dans un sens, composent le nom de Noé, NE, <em>Noa&#8217;h</em>, et, dans l&#8217;autre, celui de EN, <em>&#8216;Hen</em>, la Grâce. </p>
<p>Les douze explorateurs font un récit enthousiaste, ce pays &#8220;ruisselle de lait et de miel&#8221;. Mais dix d’entre eux ne croient pas possible d’en faire la conquête, tant sont redoutables ses habitants. Il n’y en a que deux à avoir confiance en la Providence, bénie soit-Elle : <em>Caleb</em>, fils de <em>Yefouné</em>, et <em>Josué</em> fils de <em>Noun</em>, les seuls à échapper au châtiment divin, à survivre aux quarante ans de désert et à entrer en Terre promise. Ces deux finalistes de la course évoquent la célèbre boutade de Mark Twain, qui expliquait son pseudonyme (<em>Twain</em> est une prononciation américaine de <em>Twin</em>, jumeau) par le fait qu’à sa naissance sa mère attendait des jumeaux. « <em>Oui, disait-il, je me demande qui, de mon frère jumeau ou de moi, est mort à la naissance, nous nous ressemblions tellement.</em> ».  En l&#8217;occurrence, c&#8217;est à Josué, fils de Noun, que Moïse confie la sauvegarde du Livre et du Peuple. Après Josué, une fois la Terre d&#8217;Israël conquise, le Peuple sera chargé de sa propre sauvegarde et de celle du Livre, assurées &#8220;de génération en génération&#8221;, DR WDR, <em>Dor vaDor</em>, à ses risques et périls. </p>
<p><strong>Rites d&#8217;automne et de printemps</strong></p>
<p>YSWŒ, <em>Yeshou&#8217;a</em>, le Salut, est un concept souvent manié par les Prophètes, en particulier Isaïe, YSŒYHW, <em>Yeschayahou</em>. Dans les invocations des Psaumes, il apparaît conjointement avec le verbe HWSYŒ, <em>Hoshy&#8217;a</em>, par exemple sous la forme HWSYŒNY, <em>Hoshy’ény</em>, « Sauvegarde-moi ! » (Voir A 34 : <em><a href="http://www.judeopedia.org/blog/2011/10/17/hosanna/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">Hosanna !</a></em>).  Dans le psaume 118, verset 25, figure l’invocation ANA YHWH HWSYŒH NA ! <em>Ana Adonaï Hoshy’ah-Na !</em> Ah Adonaï sauvegarde donc ! </p>
<p>Durant les six premiers jours de <em>Soukkot</em>, la fête des Cabanes, les fidèles en procession font le tour de l’estrade où est lue la Torah, les palmes en main, au rythme d’hymnes dont le refrain est &#8220; <em>Hosha‘-na !</em>  ». Le septième jour, dit <em>Hosha‘na Rabba</em>, le « grand Hosha’na », on fait sept fois le tour de la Torah. Or c’est par l’acclamation « Hosanna ! » du Psaume 118 que la foule accueille Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux :<br />
« <em>Les foules le précédaient et le suivaient en criant : Hosanna pour le Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très hauts ! </em>» (<em>Matthieu</em> 21,9)</p>
<p>Comment le rite de Soukkot, fête d&#8217;automne, est devenu celui des Rameaux, fête de printemps, n&#8217;est pas expliqué dans les livres d&#8217;histoire, encore moins dans ceux d&#8217;histoire sainte.  De même, on n&#8217;explique pas que la généalogie messianique qui ouvre l’Évangile de Matthieu fait discrètement référence à <em>Josué</em>, fils de <em>Noun</em> : <em>Matthieu</em>, 1, 17-21 : &#8220;<em>Il y a donc en tout <strong>quatorze</strong> générations d&#8217;Abraham jusqu’à David, <strong>quatorze</strong> générations de David jusqu’à la déportation à Babylone, et <strong>quatorze</strong> générations de la déportation à Babylone jusqu’au Christ (&#8230;) Un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : &#8220;( &#8230; Marie, ta femme, &#8230;) enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de <strong>Jésus</strong> ; c’est lui qui <strong>sauvera</strong> son peuple de ses péchés.</em>.</p>
<p>« Saluer » quelqu’un, c’est lui souhaiter le « Salut », la survie. Dieu vous garde !</p>
<p>(1) <em>Le Pentateuque. La Bible d’Alexandrie</em>« , Gallimard, Folio-Essais, 2001.</p>
<p><a href="http://www.hemmelel.fr/blog/2012/02/24/20-passage-en-revue/">À suivre</a></p>
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		<title>18. Les cornes de Moïse</title>
		<link>http://www.hemmelel.fr/blog/2012/01/24/18-les-cornes-de-moise/</link>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 21:30:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Louis Levy</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[La Révélation]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans la célèbre statue de Michel-Ange, Moïse porte deux petites cornes, souvent attribuées à une erreur qu&#8217;aurait commise Jérôme de Stridon, auteur vers l&#8217;an 400 de la &#8220;Vulgate&#8221;, traduction de la Bible hébraïque en latin.
Rayonnement
La dite erreur concernerait Exode 34, 29 et 30, puis 35 : “Lorsque Moïse redescendit de la montagne du Sinaï, les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la célèbre statue de Michel-Ange, Moïse porte deux petites cornes, souvent attribuées à une erreur qu&#8217;aurait commise Jérôme de Stridon, auteur vers l&#8217;an 400 de la &#8220;Vulgate&#8221;, traduction de la Bible hébraïque en latin.</p>
<p><span id="more-720"></span><strong>Rayonnement</strong></p>
<p>La dite erreur concernerait <em>Exode</em> 34, 29 et 30, puis 35 : “<em>Lorsque Moïse redescendit de la montagne du Sinaï, les deux tables du Témoignage étaient dans la main de Moïse ; quand il descendit de la montagne, Moïse ne savait pas que la peau de son visage rayonnait (QRN, </em>Qarane<em>) parce qu’il avait parlé avec Lui. Aaron et tous les Enfants d&#8217;Israël virent Moïse, et voici que la peau de son visage rayonnait (QRN, </em>Qarane<em>), et ils avaient peur de l’approcher (…) et les Enfants d&#8217;Israël voyaient le visage de Moïse rayonner (QRN, </em>Qarane<em>)</em>”.</p>
<p>Pour rendre ce triple QRN <em>Qarane</em>, la Vulgate porte &#8220;<em>cornuta</em>&#8220;, ce qui donne à Moïse un visage (<em>facies</em>) &#8220;cornu&#8221;. Il ne s&#8217;agit pas là d&#8217;une simple assonnance (QoRNu ?). QRN, vocalisé <em>Qérène</em>, signifie bel et bien “corne”. La première occurrence de QRN dans la Torah est celle de <em>Genèse</em> 22, 13 dans laquelle QRN désigne les cornes du bélier substitué à Isaac ligoté : « Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson &#8220;par les cornes&#8221; (BQRNYW, <em>Beqarnayiv</em>) ». Ensuite une occurrence fréquente est celle des « cornes de l’autel » (QRNT HMÇBE, <em>Qarenot’ HaMizbéa’h</em>) du Désert. Celles-ci évoquent les quatre pointes d’une &#8220;couronne&#8221; (<em>QouRoNne</em> ?). &#8220;<em>L&#8217;interprétation des Pères de l&#8217;Eglise fera de ces cornes une allégorie de la croix du Christ, de sa puissance et de la diffusion du salut aux quatre coins de l&#8217;Univers</em>&#8221; (1). Remarquons au passage que ces quatre cornes sont aux quatre coins de l&#8217;autel, et qu&#8217;en anglais &#8220;coin&#8221; se dit <em>corner</em>. </p>
<p>Le rayonnement de Moïse se retrouvera dans l’épisode évangélique de la “Transfiguration” (<em>Matthieu</em> 17:1-9; <em>Marc</em> 9:2-10; <em>Luc </em>9: 28-36), Moïse, symbole de la Loi, qui descend du Sinaï, et Elie, symbole des Prophètes, qui monte au Ciel, fusionnent en Jésus, le Salut, qui rayonne seul : (<em>Matthieu</em>, 17, 2) &#8221; <em>Il fut transfiguré devant eux : son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière</em>&#8220;. Il y a là l&#8217;origine de l’iconographie chrétienne, dans laquelle le « rayonnement » des Saints est figuré par une « auréole ». Précisément, c’est la peau, ŒWR, <em>‘Or</em>, du visage de Moïse qui rayonne : QRN ŒWR FNY, <em>Qarane ‘Or Peney</em> : &#8220;la peau de son visage rayonnait&#8221;. ŒWR, <em>‘Or</em>, peau, avec un <em>‘Ayin</em>, est très proche de AWR, <em>Or,</em> Lumière, avec un <em>Alef</em> : YHY AWR, Yehi <em>Or</em>, &#8220;Que la Lumière soit&#8221;. Si Michel-Ange avait mis une auréole à Moïse, il l&#8217;aurait abusivement christianisé, et son chef d&#8217;œuvre n&#8217;en serait pas un&#8230;</p>
<p>Dans cet épisode, les &#8220;cornes&#8221; ont disparu. Le grec a trouvé d&#8217;autres mots pour &#8220;rayonner&#8221; ou &#8220;resplendir&#8221;. Mais la racine QRN réapparaît de façon inattendue dans les Évangiles. &#8220;<em>Lorsque Jésus porte narrativement sa croix durant la Passion, il bénéficie, chez Matthieu, Marc et Luc, de l&#8217;aide de Simon &#8220;de Cyrène&#8221;. Pourquoi &#8220;de Cyrène&#8221; ? - parce que &#8220;Cyrène&#8221; est, en hébreu, le jumeau de la racine QRN, que QRN y est &#8220;la corne, la force&#8221;, et que QRN, dans la Bible, s&#8217;accouple très volontiers avec la racine YSŒ/&#8221;sauver&#8221; (racine de Jésus YSWŒ, </em>Yeshou&#8217;a<em>, et de Josué, YHWSŒ, </em>Yehoshu&#8217;a<em>) pour y désigner &#8220;la force - la corne - du Salut&#8221; (cf. </em>2Samuel<em> 22, 3, </em>Psaume<em> 18, 3). De sorte que la Cyrène d&#8217;où est soi-disant originaire (ce Simon) n&#8217;est, en réalité, qu&#8217;un lieu obtenu par midrash</em>&#8221; (2). </p>
<p><strong>Elaborations midrashiques</strong></p>
<p>Rappelons que “Cyrène”, capitale de la Cyrénaïque, sur la côte libyenne, à mi-chemin entre Alexandrie et Carthage, fut un comptoir phénicien (= punique) avant d&#8217;être colonie grecque puis romaine. Son nom est en grec <em>Kurênê</em>, avec un <em>Kappa</em>. La thèse de Bernard Dubourg est que les évènements rapportés dans le Nouveau Testament n&#8217;ont rien d&#8217;&#8221;historique&#8221; (ni, en l&#8217;occurrence, de &#8220;géographique&#8221;) mais résultent d&#8217;élaborations sur le texte hébraïque de l&#8217;Ancien par les procédés connus sous le nom générique de &#8220;<em>midrash</em>&#8220;.</p>
<p>Le soleil a de nombreux rayons, l&#8217;autel a quatre cornes, le cerf a des cornes emmélées, le bélier a deux cornes. Mais la corne à laquelle fait allusion Dubourg est unique, comme celle du rhinocéros (du grec <em>rhinos</em>, nez, et <em>keras</em>, corne). Elle est non seulement associée à l&#8217;idée de Salut, donc au nom de Jésus, mais aussi à l&#8217;onction, donc au mot &#8220;Messie&#8221; (MSYE, <em>Mashya&#8217;h</em>, &#8220;Oint&#8221;) et à l&#8217;huile, SMN, <em>Shémèn</em> en hébreu, qui assonne avec &#8230; Simon (Voir A 32 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2011/02/25/la-corne-de-cyrene/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">La corne de Kyrène</a>), avec SMWNY, <em>Chemoné</em>, &#8220;huit&#8221; et &#8230; en français, avec &#8220;semence&#8221; et &#8220;séminal&#8221;. (Voir A 33 : <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2011/02/08/lonction-du-grand-pretre/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">L&#8217;onction du Grand-Prêtre</a> et <a href="http://www.judeopedia.org/blog/2012/01/23/de-lhuile-a-la-semence/" onclick="javascript:pageTracker._trackPageview ('/outbound/www.judeopedia.org');">De l&#8217;huile à la semence</a>). C&#8217;est avec une &#8220;corne d&#8217;huile&#8221; que Samuel oint David : <em>1.Samuel</em>, 16, 1 : <em>YHWH dit à Samuel : ” (&#8230;) Emplis ta corne d’huile (QRNK SMN, </em>Qarénekha Shèmèn<em>) et va ! Je t’envoie chez Jessé de Bethléem, car je me suis choisi un roi parmi ses fils.</em>” Et au verset 13 : “<em>Samuel prit la corne d&#8217;huile (AT-QRN HSMN, <em>Ète-Qérène haShèmèn</em>) et oignit (WYMSE, <em>Vayimecha’h</em>) (David) au milieu de ses frères</em>”.</p>
<p>Ces rapprochements expliquent, selon Dubourg, pourquoi un &#8220;Simon de Cyrène&#8221; intervient dans l&#8217;histoire du &#8220;Messie&#8221; et de &#8220;Jésus&#8221;. Mais pourquoi ce personnage aide-t-il précisément Jésus à porter sa croix ? C&#8217;est que la montée au Golgotha contient elle-même une élaboration midrashique sur l&#8217;épisode du &#8220;sacrifice d&#8217;Abraham&#8221;, dit par la tradition juive &#8220;ligature d&#8217;Isaac&#8221;. Or en Genèse 22, 6 &#8220;<em>Abraham prit le bois pour l&#8217;holocauste, le chargea sur son fils Isaac &#8230;</em>&#8220;, c&#8217;est Isaac qui &#8220;porte le bois&#8221;. Simon de Cyrène, qui porte la croix, serait donc une image d&#8217;Isaac. Cette hypothèse est confirmée par les détails donnés par Marc 15, 21 : <em>Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs.</em>. Isaac est le père de Jacob et d’Esaü. Celui-ci est autrement appelé <em>Edom</em>, le roux, <em>Rufus</em> en latin. Le lien entre &#8220;Jacob&#8221; et &#8220;Alexandre&#8221; est moins clair, il semble que l&#8217;étymologie d&#8217;&#8221;Alex-andros&#8221;, &#8220;l&#8217;homme qui défend, qui protège&#8221; fasse allusion à la vaillance de Jacob dans son combat avec l&#8217;ange. Quant au détail &#8220;revenant des champs&#8221; (présent aussi chez Luc 23,26), il fait aussi une claire allusion à Isaac (procédé typique du <em>midrash</em>) ; en <em>Genèse</em> 24, 63-65, Rebecca, choisie pour épouse et ramenée de Mésopotamie par le serviteur Eliezer, découvre son futur époux :  &#8220;<em>Un soir qu’Isaac était sorti pour méditer dans les champs, il leva les yeux, et regarda ; et voici, des chameaux arrivaient. Rebecca leva aussi les yeux, vit Isaac, et descendit de son chameau. Elle dit au serviteur : Qui est cet homme, qui vient dans les champs à notre rencontre ?</em>&#8221;</p>
<p>Bernard Dubourg, sauf erreur, n&#8217;a pas été jusqu&#8217;à rapprocher la racine QRN du nom de Quirinius, cité en Luc 2, 2 : &#8220;<em>En ce temps-là parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie</em>&#8220;. C&#8217;est que Quirinius est un personnage parfaitement historique, qui a effectivement organisé une enquête cadastrale qui suscita suffisamment de troubles pour que Flavius Josèphe en fasse état, près d&#8217;un siècle plus tard. Ce Quirinius devait son patronyme à la ville de &#8230; Cyrène dont il était originaire. Comptoir phénicien, Kyrène portait un nom phénicien et la langue phénicienne est proche de l&#8217;hébreu. Kyrène devait donc signifier quelque chose comme &#8221; &#8216;Rayonnante&#8221;. Dans les élaborations midrashiques qui conduisirent à la rédaction de ces versets, on devait se souvenir que ce gouverneur &#8220;Rayonnant&#8221; agissait sur ordre d&#8217;un Empereur dont le nom originel était Octave, le Huitième, et dont le le nom d&#8217;Auguste venait d&#8217;être donné au Huitième mois.  Quand on vous dit que Simon de Cyrène évoque Isaac, circoncis au Huitième jour !  </p>
<p>Le parallèle entre le Sacrifice d&#8217;Abraham et la Passion du Christ n&#8217;est pas complètement ignoré des exégètes chrétiens. Mais il est réservé aux études érudites, pour lesquelles c&#8217;est une de ces concordances entre les événements et les figures de l’Ancien et du Nouveau Testament qui sont censées annoncer l’incarnation, la mort et la résurrection du Christ, sous couvert de &#8220;l&#8217;accomplissement des Ecritures&#8221;. La faible minorité de Chrétiens qui connaissent et étudient les subtilités du midrash juif sont considérés comme aux bornes de l&#8217;hérésie. Pour tout dire, &#8220;c&#8217;est de l&#8217;hébreu&#8221;. </p>
<p>Quand Philippe Sollers édita en 1987 <em>L’invention de Jésus</em>, de Bernard Dubourg, il croyait susciter une grande curiosité publique :  « <em>Ses livres mettent en évidence une découverte révolutionnaire … Il s’agit d’un événement considérable…</em> »… Mais le peu de retentissement qu’eut cette publication le fit déchanter : « <em>La découverte de Dubourg a tout de suite fait l’objet d’un enfouissement absolu. Personne ne voulait en entendre parler. En tant qu’éditeur, je me rappelle cette surdité générale. (&#8230;) Enfouissement chrétien, enfouissement scientiste, enfouissement juif. Les obscurantismes chrétiens, juifs et scientistes se soutiennent mutuellement »</em> » (3). </p>
<p>Il n&#8217;y a aucune chance que les érudits juifs ou chrétiens se saisissent de ces questions, pourtant fondamentale : comment furent écrits les textes &#8220;révélés&#8221; ? Quels liens entretiennent-ils entre eux ?  Le seul espoir ne peut venir que de l&#8217;Université &#8220;laïque&#8221;, si elle veut bien donner au mot de laïcité un sens plus proche de la curiosité intellectuelle de Jean-Jacques Rousseau que dela méchanceté ironique de Voltaire.</p>
<p>(1) &#8220;Le Pentateuque&#8221;, op. cit. note sur <em>Genèse</em> 30, 2, p. 742<br />
(2) Bernard Dubourg, &#8220;<em>L&#8217;invention de Jésus</em>&#8221; t. 2 p. 261-2<br />
(3) Philippe Sollers, <em>Ligne de risque</em> n° 23, novembre 2007, “Il faut parler dans toutes les langues (entretien)“.</p>
<p><a href="http://www.hemmelel.fr/blog/2012/02/04/19-le-salut-et-le-sauveur/">À suivre</a></p>
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