Hadrien et la Judée

Le récit de Dion Cassius

(…)

12. La fondation à Jérusalem, en place de la ville qui avait été renversée, d’une colonie, à laquelle il donna le nom d‘Aelia Capitolina, et la construction d’un nouveau temple à Jupiter en place du temple de Dieu, donnèrent naissance à une guerre terrible et qui dura longtemps. Les Juifs, irrités de voir des étrangers habiter leur ville et y établir des sacrifices contraires aux leurs, se tinrent tranquilles tant qu’Adrien fut en Egypte et lorsqu’il fut retourné en Syrie ; seulement, ils fabriquèrent mal à dessein les armes qu’on leur avait commandées, afin de pouvoir s’en servir comme d’armes refusées par les Romains ; mais, lorsque le prince fut éloigné, ils se soulevèrent ouvertement. Ils n’osaient pas, néanmoins, les affronter en bataille rangée ; mais ils se saisissaient des positions favorables et les fortifiaient de murailles et de souterrains, qui devaient leur servir de refuges lorsqu’ils seraient refoulés, et assurer entre eux des communications secrètes par terre, creusant, dans la partie supérieure de leurs routes souterraines, des ouvertures destinées à leur donner de l’air et du jour.

13. Les Romains, tout d’abord, ne firent aucune attention à leur entreprise; mais, lorsque le mouvement eut envahi toute la Judée, et que les Juifs se mirent partout à s’agiter et à se réunir, lorsque, en secret et au grand jour, ils leur eurent causé de grands maux, lorsque beaucoup d’autres nations étrangères, poussées par l’espérance du gain, eurent embrassé la cause des rebelles, voyant la terre entière, pour ainsi dire, profiter de l’occasion pour s’ébranler, alors, mais seulement alors, Adrien envoya contre eux ses meilleurs généraux, parmi lesquels le premier fut Julius Sévérus, qu’il manda de la Bretagne, où il commandait, pour lui confier la guerre contre les Juifs. Celui-ci n’osa nulle part en venir à un engagement face à face avec des ennemis dont il voyait le nombre et le désespoir; mais, les attaquant séparément, grâce au nombre de ses soldats et de ses lieutenants, il parvint, en leur coupant les vivres et en les enserrant, il parvint, dis-je, lentement, il est vrai, mais sans hasarder ses troupes, à écraser, à étouffer, à anéantir leur sédition.

14. Il y en eut peu qui échappèrent à ce désastre. Cinquante de leurs places les plus importantes, neuf cent cinquante-cinq de leurs bourgs les plus renommés, furent ruinés ; cent quatre-vingt mille hommes furent tués dans les incursions et dans les batailles (on ne saurait calculer le nombre de ceux qui périrent par la faim et par le feu, en sorte que la Judée presque entière ne fut plus qu’un désert, comme il leur avait été prédit avant la guerre : le monument de Salomon, que ce peuple a en grande vénération, s’affaissa de lui-même et s’écroula ; des loups et des hyènes en grand nombre fondirent dans les villes avec des hurlements. Les Romains aussi éprouvèrent de grosses pertes dans cette guerre ; c’est pourquoi Adrien, dans sa lettre au Sénat, ne se servit pas du préambule ordinaire aux empereurs : «Si vous et vos enfants vous vous portez bien, les affaires sont en bon état ; moi et les légions, nous nous portons bien». Il envoya Sévérus en Bithynie, où il avait besoin, non d’une armée, mais d’un gouverneur et d’un chef, juste, sage et digne, qualités qui toutes se trouvaient dans Sévérus. Celui-ci régla et administra les affaires particulières et les affaires publiques de cette province avec tant de ménagement, que nous avons constamment gardé souvenir de lui jusqu’à ce jour ; (la Pamphylie, en place de la Bithynie, fut remise au Sénat et au sort.)

15. La guerre des Juifs finit donc là (…)

Ce qu’en dit Marguerite Yourcenar : Mémoires d’Hadrien, Folio, Gallimard, 1974, p. 252-260

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