Kippour en Ramadan

Une leçon de laïcité

Cette année, pour la troisième et dernière fois consécutive, Yom Kippour, le samedi 22 septembre prochain, tombe pendant le Ramadan, commencé au premier Croissant après la Nouvelle Lune du 11 septembre à 12h44m UTC (source : site de l’ancien « Bureau des Longitudes« ).

Comment cela se fait-il ? La réponse devrait faire l’objet d’une circulaire du Ministre de l’Éducation Nationale et être connue de tous les enseignants de France. Reprenons.

Lévitique 23, 24 : Parle aux enfants d’Israël, et dis: Le septième mois, le premier jour du mois, vous aurez un jour de repos, publié au son des trompettes, et une sainte convocation. Cette prescription, reprise en Nombres 29, 1 fonde la fête de Roch-haChana, le Nouvel An juif, cette année le jeudi 13 septembre.

Un problème se pose : repérer « le septième mois » (lunaire) suppose qu’on sache fixer le premier. Or celui-ci est associé par Exode 12,2 au sacrifice de l’agneau pascal, le 10 de ce premier mois, et à la Fête de  »Pessah » (Pâque), le 14, également marquée par un pélerinage à Jérusalem et par des offrandes végétales printanières. Le « premier des mois » est donc celui du Printemps (« Premier Temps« , dit Nisan dans le calendrier juif et Germinal dans le calendrier républicain), d’où l’on déduit que le septième est celui de l’Automne (Tichri, Vendémiaire). Encore faut-il que des autorités reconnues, en l’occurrence celles du Temple de Jérusalem, homologuent le choix de ce premier mois, en intercalant de temps à autre une treizième lune dans le rythme de l’année solaire, celle de la végétation.

Au sacrifice de l’agneau pascal, le 10 du premier mois, répond Yom Kippour, le 10 du septième mois, prescrit par Lévitique 23, 27 : Le dixième jour de ce septième mois, ce sera le jour des expiations (Yom haKippourim): vous aurez une sainte convocation, vous humilierez vos âmes, et vous offrirez à l’Eternel des sacrifices consumés par le feu.

Après la chute du Temple de Jérusalem, l’application de ces textes fut problématique. De multiples midrashim, hébraïques, grecs (gnostiques), syriaques, perses, arabes ou autres, circulaient, interprétant et complétant la Bible. Les groupes chrétiens utilisèrent le calendrier (solaire) romain « julien », institué par Jules César. En Arabie pré-islamique, on identifia des lieux de la Bible à la topographie locale, transférant Jérusalem à La Mecque et transformant la fuite de Moïse chez son futur beau-père « Yethro », prêtre de « Madian » (Exode 2, 15), à la fuite du Prophète à « Yathrib », future « Médine ». (Coran 33, 13 et 60). Les « quarante jours et quarante nuits », passés par Moïse à jeûner sur le Mont Sinaï, furent transformés d’une part en « Carême » chrétien, se terminant par le sacrifice de l’agneau pascal, d’autre part en jeûne diurne pendant le sixième mois juif (Eloul, Messidor), prolongé jusqu’au jeûne de Kippour, le 10 du septième mois (Tichri).

C’est dans ce jeûne d’Eloul que le Coran aurait puisé celui de Ramadan (source : Haï Bar-Zeev, Une lecture juive du Coran, Berg International, 2005) ; et l’abolition de l’intercalation de la treizième lune fit remonter le Ramadan à travers les saisons, l’année de 12 mois étant parcourue en 33 ans. Quant aux dixièmes jours, du premier et du septième mois, sacrifice de l’agneau pascal et jeûne de Kippour, ils donnèrent naissance, de leur côté, aux diverses coutumes, sunnites et chiites, de l’Achoura.

La laïcité ne consiste pas à ignorer les rites religieux, elle consiste à les comprendre et à les respecter, à les faire comprendre et à les faire respecter.

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