Antisémitisme par omission

Des racines hébraïques et des ailes juives

L’émission de France 3 Des racines et des ailes avait placé hier soir son plateau à l’Institut du monde arabe qui fête, au mois de décembre 2007, ses vingt ans. Elle proposait « un voyage dans le temps et dans l’espace, d’Alep en Syrie à la Libye romaine en passant par le Yémen, l’ancien royaume de la reine de Saba ».

On commença par le Yémen, l’ »Arabie heureuse » des Romains, d’où venait la « mythique Reine de Saba ». On nous montra les spectaculaires « gratte-ciel » de Shibam, la « Manhattan du désert », expliqués par des inondations qu’on rapprocha du … Déluge : Sanaa, la capitale, devrait aussi son nom au fils de Noé, « Sam ». Un érudit nous présenta de précieux manuscrits du Coran, et cita, comme origines possibles de la langue arabe, un dialecte d’Irak, l’araméen, l’iduméen…, sans envisager une seule seconde l’hébreu.


Personne ne nous expliqua ce que la Bible dit du Déluge et du fils de Noé, Sem, ancêtre des « Sémites », ni ce qu’elle dit de la rencontre de Salomon et de la reine de Saba ; on ne nous parla non plus – il aurait suffi de consulter Wikipédia – d’ »Abîkarib As’ad et de ses corégents« , qui se convertissent au judaïsme en 380, des luttes entre juifs et chrétiens aux temps pré-islamiques, et de « la rupture définitive en 620 du barrage de Mareb qui met fin à l’agriculture irriguée sur une grande échelle. Le pays subira de plein fouet en quelques années la désertification longtemps stoppée par l’habile réseau de canalisations qui faisait du Yémen un pays verdoyant.« 

Là-dessus Dominique Baudis, président de l’Institut du monde arabe, présenta l’exposition en cours, « La Méditerranée des Phéniciens. De Tyr à Carthage ». Les Phéniciens, nous rappela-t-il, étaient d’habiles commerçants, parlant une langue sémitique, qui ont fondé des comptoirs sur tout le pourtour de la Méditerranée et qui surtout ont inventé un alphabet, dont dérivent les alphabets grec, latin et arabe. Et l’alphabet hébreu ?

Le deuxième reportage portait sur la cité romaine de Leptis Magna, sur la côte libyenne, embellie par Septime Sévère, premier empereur originaire d’Afrique (193-211). On voyait de magnifiques temples et monuments, dont on se demandait pourquoi ils étaient en plein désert ; il y eut bien, in fine, une allusion cursive au « changement de civilisation » qu’avaient représenté l’avénement du christianisme et les invasions arabes. Mais de judaïsme, point : quel intérêt de rappeler qu’en 117, sous Trajan, les Juifs de Cyrène, s’étant soulevés en même temps que leurs coreligionnaires d’Égypte et de Chypre, avaient été victimes d’un véritable génocide, rapporté par Dion Cassius ? La Libye avait été tellement dépeuplée que Rome avait dû y installer de nouveaux colons.

Le dernier reportage portait sur « Alep, carrefour des mondes », célèbre pour son savon, mais aussi, nous dit-on, capitale gastronomique du Moyen-Orient, où, le soir venu, « Syriens, Arméniens, Français, Musulmans et Chrétiens se rassemblent pour un dîner typiquement alépin ». Les Juifs sont absents d’Alep, comme l’est aussi le « Codex d’Alep« , pendant des siècles le plus ancien manuscrit connu de la Bible hébraïque, aujourd’hui conservé à Jérusalem.

On sait, par les livres de Daniel Sibony, que la négation d’Israël et du monde juif est constitutive de l’Islam. Que l‘Institut du monde arabe se sente tenu à cette négation, soit. Mais que France Télévisions prête la main à cette forme d’obscurantisme, il y a là un scandale absolu.


La Bible hébraïque présentée, traduite (5 langues, 8 versions) et commentée sur JUDÉOPÉDIA
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Commentaires

2 réponses à “Antisémitisme par omission”

  1. Avatar de Herve Kabla

    Totalement d’accord. C’est le style d’omission que Schneiderman aurait relevé avec gourmandise du temps d’ « Arrêts sur image ». La tele publique ne vaut plus grand chose…

  2. Avatar de Dominique Dhombres

    « Vu & Commenté »

    Leptis Magna en images virtuelles

    LE MONDE, vendredi 21 décembre 2007, p. 31

    (…) L’autre caractéristique de l’émission, jadis créée par Patrick de Carolis, était respectée. Rien n’était dit qui gêne ou qui fâche sur la patrie d’origine de la famille Ben Laden. Tout au plus, le téléspectateur était-il informé que certains sites visités étaient fermés aux étrangers en raison des risques terroristes. Le propos est, depuis toujours, résolument admiratif et optimiste. Louis Laforge a repris la recette, sans rien y changer (…)

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