Le parfum des mandragores a des effets puissants.
Il donne non seulement à Léa ses deux derniers garçons et sa fille, Dina (Voir A 25 : Les Mandragores), mais il obtient l’impossible : Rachel met enfin au monde un fils.
Belles-familles
Genèse 30, 22-24 : Et Elohim se souvint de Rachel; et Elohim l’écouta et ouvrit sa matrice. Et elle conçut, et enfanta un fils, et dit: Elohim a ôté (AXF, Assaf) mon opprobre. Et elle appela son nom Joseph (YWXF, Yossef) en disant: Que YHWH m’ajoute (YXF, Yossef) un autre fils . La racine XF, Samek Pé, signifie à la fois “ôter” et “ajouter” ; une composante bien connue du “blues de l’accouchée” est que l’enfant né n’est pas l’enfant rêvé ; toute naissance est pour la mère un don de Dieu, mais c’est aussi un renoncement à toutes sortes de rêves, ne serait-ce que parce que l’enfant est garçon ou fille. Or Joseph sera un spécialiste des rêves.
Pour Jacob, le compte est bon : de Léa, il a six fils et une fille, des servantes quatre fils, dix au total ; et même Rachel a un nouveau-né, le onzième fils, que son père chérit. Il est temps pour lui de rentrer à la maison. Genèse 30, 25-26 “Lorsque Rachel eut enfanté Joseph, Jacob dit à Laban: Laisse-moi partir, pour que je m’en aille chez moi, dans mon pays. Donne-moi mes femmes et mes enfants, pour lesquels je t’ai servi, et je m’en irai; car tu sais quel service j’ai fait pour toi.”
Ça n’est pas si simple. Laban proteste : ces femmes, ces enfants, ces troupeaux, sont tout autant à lui qu’à Jacob. Comment les partager ? On essaye un critère génétique, les pelages tachetés. C’est mêler l’Eternel à l’affaire, ce qui favorise Jacob, et ne laisse rien à son beau-père. Les deux sœurs, filles de Laban et épouses de Jacob, s’inclinent : Genèse 31 14-16 “Rachel et Léa répondirent, et dirent à Jacob : Avons-nous encore une part et un héritage dans la maison de notre père? Ne sommes-nous pas regardées par lui comme des étrangères, puisqu’il nous a vendues, et qu’il a mangé notre argent? Toute la richesse qu’Elohim a enlevée à notre père, elle est à nous et à nos fils. Fais maintenant tout ce que Elohim t’a dit.”
Jacob part donc, avec ses gens et ses troupeaux, Rachel dérobant de plus les idoles domestiques, les TRFYM, Térafim qu’elle cache sous son séant. Mais Laban rattrape les fugitifs et cherche les idoles. Au verset 35, Rachel dit à son père : “Que mon seigneur ne se fâche point si je ne puis me lever devant toi, car j’ai ce qui est ordinaire aux femmes“, c’est-à-dire ses règles. Finalement, au verset 43, Laban propose de traiter : “Maintenant, viens, nous ferons une alliance, moi et toi; et elle sera en témoignage entre moi et toi.” Une borne (en hébreu GL, Gal) matérialise cette alliance, marquant une frontière linguistique, floue, source de malentendus : le verset 47 en donne le nom pour les deux parties : GL-ŒD, Galed, “Borne-témoin”, dans la langue de Jacob, l’hébreu, YGR SHDWTA, Yegar Sahadouta, dans la langue de Laban, l’araméen. Au moins, cette affaire se termine sans violence ni sang, sauf celui des règles féminines. On aurait cependant tort d’y voir une médiocre rupture entre belles-familles ; il s’agit de l’identité d’une famille.
Ascendants
Jacob, avec ses femmes et leurs règles, avec les idoles domestiques de sa belle-famille, part avec son patrimoine génétique “araméen”, venu de Laban, que Léa, Rachel et leur descendance, vont désormais transmettre, de génération en génération, et dans lequel vont piocher, silencieusement, les descendants de Jacob. Ce nom d’Aram, ARM, renvoie aux origines géographiques et généalogiques de la famille d’Abram, AB-RM (Voir A 26 : Laban l’Araméen). Lorsqu’il s’était agi de trouver une épouse à Isaac, Abraham avait demandé à son serviteur Eliezer de partir la lui choisir : “Tu iras dans mon pays et dans mon lieu natal ” (Genèse 24, 4) ; il est bien entendu que l’élue devra donner son consentement. Eliezer prévoit de désigner, une fois arrivé, celle qui lui donnera à boire, à lui d’abord, puis à ses chameaux ; celle qui satisfait à ces exigences se trouve être Rébecca, RBQH,Rivqah, une cousine d’Isaac, fille de Bethuel l’Araméen, de Paddan-Aram, sœur de Laban l’Araméen. (Genèse 25, 20). Sa famille habite un lieu vague, plutôt toute une contrée, Paddan-Aram, FDN-ARM, la “plaine d’Aram”, quelque chose comme “le Haut-Plateau”. La longueur du récit de la mission d’Eliézer, aux détails répétés, témoigne de l’importance que les parents doivent accorder au choix et à la généalogie des conjoints de leurs enfants.
Le nom de Laban peut se lire L-BN, “pour fils”, Pour que naisse un fils, il faut un père et une mère, il faut deux grands-pères. Chacun de nous a deux parents, quatre grands-parents dont deux grands-pères… et ainsi de suite. Sauf mariages entre cousins, nous avons, à la septième génération, 128 ancêtres des deux sexes, et à la huitième 128 ancêtres masculins. Mais un seul de ces ancêtres est notre AB-RM, notre père “en haut” de l’arbre généalogique, le père du père du père … en lignée “agnatique”, dont nous portons le nom. Les 127 autres, à la même génération, sont aussi nos ancêtres “d’en haut” de l’arbre, nos ancêtres “araméens”, mais entre eux et nous, il y a une ou plusieurs femmes, une ou plusieurs mères. De cette foule, de cette multitude d’ancêtres, nous reçevons une part de patrimoine génétique, mais nous perdons leurs noms. Jacob, après son corps-à-corps avec l’ange, reçoit le nom d’Israël. Il demande alors le sien à son adversaire et ne reçoit pas de réponse : “ Pourquoi demandes-tu mon nom? Et il le bénit là. (Genèse 32, 30)”. Quand un père marie son fils, il espère perpétuer son nom avec la naissance de petit-fils. Le père de la mariée, lui, espère seulement une descendance, au nom indifférent.
Descendants
Jacob est un descendant, Israël sera un ancêtre. Genèse 35, 9-12 Elohim apparut encore à Jacob, à son retour de Paddan-Aram, et le bénit; et Elohim lui dit: Ton nom est Jacob; ton nom ne sera plus appelé Jacob, mais Israël sera ton nom. Et il appela son nom Israël. Et Elohim lui dit: Je suis le Tout-puissant; fructifie et multiplie; une nation, et une assemblée de nations seront de toi; et des rois sortiront de tes reins.
Alors que la prophétie faite à Abraham parlait d’engendrer des nations (GWYM, Goyim), celle faite à Jacob dit “une nation et une assemblée de nations” (GWY WQHL GWYM, Goy OuQehal Goyim) ! Le piquant est que ce mot QHL, Qehal, “assemblée”, va donner QHLH, Qehilah, “communauté” ou plutôt “congrégation”, au sens protestant du terme, et Qohelet, traduit par “Ecclésiaste”. QHL, c’est ecclésia en grec puis en latin, d’où “église” ; d’aucuns disent que Ecclésia et Qehilah sont phonétiquement apparentés. Toujours est-il que dans la Septante grecque, dans ce verset de la Genèse, QHL est traduit par … synagogue ! Une synagogue de Goyim ! (Voir A 27 “Une assemblée de peuples“). Il fut un temps où une synagogue et une église, c’était la même chose, une assemblée de fidèles lisant la Bible en grec ! comment ces fidèles pouvaient-ils imaginer que le 29 novembre 1947, après quelques péripéties dramatiques, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies déciderait la création d’un État juif en Palestine ? et que cet État juif prendrait le nom d’Israël ?
Rachel, elle, ne voit pas se constituer sa descendance. Genèse 35, 16-20. “Ils partirent de Béthel. Il restait un bout de chemin pour arriver à Éphrata quand Rachel accoucha. Ses couches furent pénibles. Et, comme elle accouchait difficilement, la sage-femme lui dit : “Rassure-toi, c’est encore un fils que tu as !” Au moment de rendre l’âme, car elle se mourait, elle le nomma Ben-Oni, BNAWNY, mais son père l’appela Benjamin, BNYMYN, Binyamine. Rachel mourut et fut enterrée sur le chemin d’Éphrata - C’est Bethléem. Jacob dressa une stèle sur son tombeau; c’est la stèle du tombeau de Rachel, qui existe encore aujourd’hui.” La mort de Rachel marque profondément Jacob, au point que sur son lit de mort, en Egypte, il la rappelle à Joseph : Genèse 48, 7 “A mon retour de Paddan, Rachel mourut en route auprès de moi, dans le pays de Canaan, à quelque distance d’Ephrata; et c’est là que je l’ai enterrée, sur le chemin d’Ephrata, qui est Bethléem.“.
Rachel, mère de Joseph, à qui l’Eternel “ôte” la vie en lui “ajoutant” un deuxième fils, symbolise toutes les douleurs de la maternité. Se reconnaissent en elle les femmes dont l’enfant tarde à venir, les mères dont l’enfantement est douloureux et celles dont l’enfant vit sous un autre nom que celui qu’elle leur aurait donné, tel Ben-Oni, et par extension celles qui perdent un enfant avant le terme, ou prématurément avant qu’il reçoive un nom… Le chemin d’Ephrata, AFRTH, nom formé (comme celui d’Ephraïm, AFRYM, nom d’un petit-fils de Rachel) sur AFR, “cendre” et FRT, FeRTile (Voir A 28, “Cendre et poussière“, Bethléem sur l’Euphrate), lieu inaccessible et ambigu, mène là “où l’on renaît de ses cendres”. Le tombeau de Rachel, à la porte de Bethléem côté Jérusalem, devient dès lors un lieu de pélerinage féminin.
Nés quelque part
Une seule fois Moïse réutilisera le mot ARMY, arami, “araméen”. Peu avant sa mort, faisant ses dernières recommandations aux Enfants d’Israël au seuil de la Terre Promise, il leur prescrit, en Deutéronome 26,5, le rite de la fête de Pessa’h, FXE, qui consiste à commémorer chaque année en famille la Sortie d’Egypte. Le récit qu’il en fait commence par trois mots énigmatiques : ARMY ABD ABY, Arami Oved Avi, généralement traduits par “Mon père (était) un Araméen perdu” (ou “errant”, ou “nomade”, ou “qui périssait”… )… “Il venait de la haute”, en somme… D’ailleurs la suite du verset dit : “Il descendit en Egypte …”. Le retour des exilés en Terre d’Israël sera appelé Alyah, “montée”.
Mais le Targoum (traduction commentée de la Torah en… araméen) comprend : « l’Araméen voulait tuer mon père. » Les démêlés avec “Roma”, autre “Ville haute” (aux sept collines), sont passés par là. “Araméen” devient un nom codé pour “Romain” : le Romain, ce “hautain”, veut tuer mon père, il veut me priver de mon identité. La Haggadah lue chaque année pendant le Seder de Pessa’h applique logiquement le verset à Laban dans un parallèle saisissant avec Pharaon : “Considérons ce que Laban l’Araméen méditait de faire à Jacob, notre père : Pharaon, dans ses ordres cruels, ne visait que les enfants mâles, tandis que Laban voulait tout détruire, comme il est dit : ARMY ABD ABY, Arami Oved Avi.” En voulant accaparer la descendance de Jacob, Laban “tue dans l’œuf” toute idée de “peuple d’Israël”. Laban n’est pas méchant, il est simplement “négationniste” : pour lui, une descendance ne forme pas un peuple.
Le nom “Israël”, et ceux de Jacob et de ses fils, ouvrent le Livre de l’Exode, le deuxième livre de Moïse, qu’on appelle en hébreu précisément SMOT, Chemot’, “Noms”. Ces noms font ainsi le lien, l’interface, avec le premier livre, Bereshit, BRASYT, “Au commencement”. Exode 1, 1-9 : “Voici les noms des Enfants d’Israël (SMWT BNY YSRAL, Chemot’ Bnéy Israël) venus en Egypte avec Jacob et la famille de chacun d’eux: Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issacar, Zabulon, Benjamin, Dan, Nephthali, Gad et Aser. Les personnes issues de Jacob étaient soixante-dix ; or Joseph était en Egypte. Et Joseph mourut, et tous ses frères, et toute cette génération-là. Et les fils d’Israël fructifièrent et foisonnèrent, et multiplièrent, et devinrent très très forts; et le pays en fut rempli. Et un nouveau roi (MLK EDS, Melèkh ‘Hadash) se leva sur l’Egypte, qui n’avait point connu Joseph. Et il dit à son peuple: Voici, le peuple des fils d’Israël (ŒM BNY YSRAL, ‘Am Benéy Israël) est nombreux et plus fort que nous“.
Un peuple distinct du peuple d’Egypte est donc né, dont Pharaon s’efforce d’interrompre la multiplication. Au verset 22, après avoir constaté le privilège du sexe féminin, celui de mettre au monde, “Pharaon commanda à tout son peuple, disant: Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve; mais toute fille, laissez-la vivre !. Au chapitre 2, pour échapper au décret de Pharaon, une femme de la tribu de Lévi fait flotter un petit garçon sur le Fleuve. Moïse, “sauvé des eaux”, désigné comme “hébreu” puis nommé par la fille de Pharaon qui le recueille, s’identifie en grandissant avec les Hébreux persécutés, jusqu’à ce qu’Elohim, au chapitre 3 (6-11) lui révèle le nom d’Israël, et celui de ses ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob, lors de la scène du “Buisson Ardent” .
Être ou ne pas être
Nous sommes tous “nés quelque part”, comme dit la chanson de Maxime Leforestier, nous ne choisissons ni notre sexe, ni nos parents, ni notre lieu de naissance. Nos parents choisissent notre prénom, mais ils ne choisissent pas notre nom de famille. Chacun de nous a vogué comme embryon puis foetus dans sa “Tebah“, TBH, arche et corbeille, puis a été “sauvé des eaux” quand la sage-femme nous a présenté à notre mère. Une fois adulte, chaque fils se demande : “Pourquoi suis-je moi, et pas un autre ?”. Moïse répond : “Parce que le Hasard, béni soit-Il, a d’abord choisi mon sexe, puis a éliminé tous les autres petits garçons que mes parents auraient pu avoir”.
La métaphore de Moïse va loin, si loin que l’Évangile de Matthieu “accomplit” le récit de l’Exode, en couplant la naissance de Jésus avec le “massacre des Innocents”, par lequel le roi Hérode élimine, non plus les seuls bébés mâles, mais les petits enfants des deux sexes, de moins de deux ans. Jésus, comme Moïse, échappe à ce massacre. Lui, c’est parce que Joseph, le mari de sa mère, dûment averti en songe, fuit en Egypte avec sa famille. Dans son récit, Matthieu accumule les allusions à Joseph, fils de Jacob et de Rachel. Et il se réfère aussi à un verset du prophète Jérémie, où il est question de Rachel.
Matthieu 2, 13-21 : “Lorsqu’ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit : “Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte, et restes-y jusqu’à ce que je te parle ; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr”. Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte. Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : “J’ai appelé mon fils hors d’Égypte“. Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages. Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète : “On a entendu des cris à Rama, des pleurs et de grandes lamentations : Rachel pleure ses enfants, et n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont plus”. Quand Hérode fut mort, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Égypte, et dit : Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et va dans le pays d’Israël, car ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant sont morts. Joseph se leva, prit le petit enfant et sa mère, et alla dans le pays d’Israël. “.
Le prophète Jérémie, dont le nom YRMYHW, Yirmeyahou, “Dieu élèvera”, contient la syllabe RM, connaît la Torah de Moïse, il sait que le peuple élu s’est établi en Erets Israel, il connaît Ramah, RMH, la Haute, résidence du prophète Samuel, celui qui a sacré (”oint” disent les spécialistes) les deux premiers Rois d’Israël, Saül et David ; il sait que David a transféré l’Arche sainte à Jérusalem, où son fils Salomon a bâti le Temple. Or, contemporain de la prise de Jérusalem par les Assyriens, il est témoin de l’exil forcé des Enfants d’Israël. La question est donc de savoir si le peuple peut subsister ailleurs que sur sa terre. La réponse du Prophète est “Pourquoi pas ?” Resté à Jérusalem, il invente la Diaspora. Il écrit à ses compatriotes exilés à Babylone, de la part de l’Éternel : “Bâtissez des maisons et habitez-y ; plantez des jardins et mangez-en les fruits; prenez des femmes pour vos fils et donnez vos filles à des maris et qu’elles enfantent des fils et des filles ; et multipliez-vous là et ne diminuez pas. Et cherchez la paix de la ville où Je vous ai transportés et priez YHWH pour elle; car dans sa paix sera votre paix ” (Jérémie 29, 5-7). Ce n’est pas parce que vous êtes dispersés que vous n’êtes plus un peuple, dès lors que vous gardez la Torah, et que vous avez les yeux tournés vers Jérusalem.
Vient le chapitre 31, qui commence ainsi : “En ce temps, dit YHWH, je serai un Elohim pour toutes les familles d’Israël, et elles me seront un peuple“. Et de décrire en termes lyriques le rassemblement des dispersés et des exilés. Mais au milieu de l’exultation, au verset 15, une note discordante : On a entendu des cris à Ramah (BRMH, BeRamah), des pleurs et de grandes lamentations : Rachel pleure ses enfants, et n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont pas (AYNNW, Eynénou). “Ils ne sont pas” ? ou “Ils ne sont plus” ?
Dans la Genèse, la première occurrence de AYNNW, Eynénou, concerne précisément … Laban. Genèse 31, 2 : Jacob regarda le visage de Laban; certes il n’était pas (AYNNW, Eynénou) envers lui comme avant.. Les occurrences suivantes visent les allers-retours des frères de Joseph entre Canaan et l’Egypte. A chaque fois, il en manque un : Benjamin, retenu par Jacob, Siméon, otage de Joseph … A chaque fois, AYNNW, Eynénou, “il n’est pas là”. AYN, Eyn c’est le « Non-Être » absolu, « Il n’y a pas ». AYNNW, Eynènou, « Il n’y a pas « pour nous » est relatif. (Voir A 29 : Réalité et apparence, Être ou ne pas être). Dans le texte de Jérémie, Rachel, de là-haut, ne pleure pas des morts, elle pleure des absents, les exilés qui ne rentrent pas d’exil, “assimilés” qu’ils sont à la civilisation environnante. Rachel de Ramah, l’Araméenne.
Pharaon fait noyer les petits garçons hébreux de la génération de Moïse, sauf Moïse. Hérode fait massacrer les petits enfants nés à Bethléem les deux années précédentes, l’an Zéro avant Jésus-Christ et l’an Zéro après Jésus-Christ. Sauf Jésus-Christ.
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