2. L’ordre alphabétique

Le même texte, de Moïse à nous ?

Moïse entreprit donc d’utiliser le système alphabétique pour écrire son manifeste monothéiste. Il réduisit le nombre de lettres utilisées à 22, et prit une décision géniale, celle de normaliser l’ordre alphabétique (Voir A1 Translittération). Comme on peut le voir à chaque générations d’élèves, ceux-ci ont un respect absolu de l’ordre que leur enseigne leur maître, savent le chanter sur tous les tons, et le transmettront inchangé à leurs propres enfants. Ceci explique la prodigieuse continuité de l’ordre alphabétique qu’établissent archéologues et historiens de l’écriture. Un ordre déjà très proche du nôtre (ABGD…KLMN…QRST), quelquefois qualifié de « levantin », est attesté dès la fin de l’âge de bronze, avec les premiers alphabets sémitiques, celui d’Ougarit et celui dit « phénicien ». On dispose ainsi d’ « abécédaires » en paléo-hébreu, datant d’une bonne douzaine de siècles avant l’ère chrétienne (1).

De plus Moïse associait les lettres à des chiffres et à des rangs, croissants de Un en Un. Il faisait ainsi du texte un tableau de chiffres, dont on peut dire qu’il le calculait, devenant le premier lecteur de ce qui lui était « révélé ». Et il permettait à des générations de maîtres, d’élèves et de scribes d’innombrables  » preuves par neuf  » de la logique interne du texte. Les partisans monothéistes réussirent ainsi à conserver par delà les âges, non sans tensions et difficultés, les formes écrite et orale de l’œuvre de Moïse. Ces « conservateurs », au sens strict du terme, constituent, depuis environ trente-trois siècles, ce qu’il est convenu d’appeler  » le peuple juif « (2).

Quand nous récitons les fables de La Fontaine, nous avons un respect « religieux » du Texte. Ainsi les peuples utilisant l’alphabet phénicien ordonné accédèrent à la notion de « sacré ». Qui, de nos jours, oserait modifier l’ordre alphabétique ? Qui, de tout temps, a osé modifier la moindre lettre des cinq livres de la Torah de Moïse ? Nous ne savons pas, nous ne saurons jamais, si leur première phrase signifie exactement « Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre« . Mais nous sommes certains de ce que Moïse a écrit, en utilisant ses propres 22 caractères ordonnés, dit de « paléo-hébreu » (l’ »hébreu carré » que nous connaissons date de l’exil de Babylone). Il a écrit ce que nous translittérons scrupuleusement par : BRASYT BRA ALHYM AT HSMYM WAT HARZ .

La Vérité est-elle indépendante du langage dans lequel elle s’exprime ? Si je dis : « Un et un font deux« , « deux et deux font quatre« , j’énonce des vérités certes universelles, et définitives, mais incompréhensibles pour qui ne parle pas français. Si j’écris 1+1=2, 2+2=4, j’énonce les même vérités, comprises en toutes langues, mais seulement par les gens qui utilisent les chiffres qu’on appelle arabes et les notations mathématiques usuelles. L’arithmétique permet de comprendre qu’il y a des vérités définitives, non susceptibles de « progrès », et qui préexistent à leur propre énoncé: ainsi la « Table de Pythagore » préexiste évidemment à la présentation qu’en aurait faite Pythagore. Moïse écrivit la Torah comme Pythagore calcula sa Table.

(1) William G. Dever en présente un, à la p. 94 de l’édition française de « Aux origines d’Israël » (Bayard, 2005).

(2) Cf Jérôme Peignot : « Moïse ou La preuve par l’alphabet de l’existence de Yahvé« , Jérome Millon, 1988.

À suivre

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La Bible hébraïque présentée, traduite (8 versions) et commentée sur JUDÉOPÉDIA

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